Acier et charbon, sidérurgie et mines : un nouveau contrat social ?

Paru dans Echanges n° 155 (printemps 2016.

 

La crise mondiale touche toutes les activités dans le procès de production, de circulation et de consommation des marchandises. Mais pas de la même façon. Dans la distribution, la réduction de la consommation n’entraîne qu’une diminution des commandes, ou leur annulation en cas de faillite. Cette réduction et/ou annulation des commandes signifie, pour les fabricants de ces produits de consommation, la réduction du volume des matières premières consommées dans la production d’un produit fini. Dans le cas où une matière première est un des principaux éléments pour la fabrication de ce produit, le ralentissement est répercuté essentiellement sur le fournisseur, et celui-ci s’ajoute à la réduction des commandes des entreprises utilisant la même matière première. Cet effet cumulatif place ainsi les fournisseurs de matières premières dans une situation beaucoup plus précaire. Plus une manière première est utilisée dans un grand nombre de produits finis, plus cet effet cumulatif est important.
La médiatisation et l’irruption dans le quotidien des innovations de l’informatique et des péripéties financières a quelque peu relégué, dans la perception individuelle et collective de la crise, la production de produits de base. On en oublie ainsi souvent le rôle joué toujours dans l’économie moderne par le charbon et l’acier, alors qu’en 1952 la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) fut la première pierre de l’Union européenne, précédant de quelques années le Traité de Rome qui créa le Marché commun.
Il suffit de se pencher un peu sur notre quotidien pour voir que, dans le monde moderne, globalisé et mondialisé, ces deux produits interdépendants – le fer sous toutes ses formes (fonte, fer, acier et aciers spéciaux) et le charbon – sont les piliers de l’économie par leur omniprésence en proportions diverses dans d’innombrables produits de consommation et dans d’imposantes réalisations. De la trottinette à la fusée spatiale en passant par la voiture, de la poêle à frire à la cuve de centrale atomique, de l’aiguille à coudre au viaduc de Millau, de la Kalachnikov au char d’assaut, de la barque de pêche au porte-avions, du lampadaire à la tour Eiffel, du fil de fer aux fers à béton, le fer et ses succédanés sont partout.
C’est la raison pour laquelle l’industrie prenant le fer comme matériau, avant la crise fut l’objet d’investissements importants tant dans les pays déjà industrialisés que dans les pays en développement : avec son corrélatif nécessaire, l’exploitation charbonnière (1), la sidérurgie était et reste l’ossature de la puissance économique des Etats.

CHINE

La crise, par l’effet cumulatif que nous avons évoqué, a frappé sidérurgie et charbon en raison de cette universalité d’utilisation. Cet effet a été d’autant plus marqué dans les pays en développement les plus importants qu’ils avaient misé plus particulièrement sur ces industries pour assurer leur indépendance économique et les nécessités de leur développement accéléré dans tous les secteurs, particulièrement ceux qui consommaient le plus les produits ferreux – infrastructures et matériel de transport terrestre et maritime. C’est ainsi que ces branches industrielles ont pris un essor particulièrement fulgurant en Chine. Alors qu’en 1990 la Chine n’assurait que 10 % de la production mondiale d’acier, elle est devenue, vingt-cinq ans après, le premier producteur mondial, assurant 50 % de la production mondiale (en 1875 la Grande-Bretagne en assurait 40 %) (2). En raison de cette position dominante, la Chine a subi de plein fouet les effets de la crise, et elle doit impérativement réduire sa production d’acier et par contre-coup sa production charbonnière. Mais comme cela ne peut se produire en un jour, elle doit aussi écouler son surplus d’acier avant que les effets des restructurations se fassent sentir (3).
C’est là que le système capitaliste d’Etat, du moins dans les prises de décisions concernant des problèmes essentiels, montre sa supériorité sur le capitalisme libéral. Schématiquement on peut dire que, même s’il y a des conflits internes entre les différents secteurs du parti contrôlant telle ou telle industrie, tout peut être assez rapidement réglé, sans trop se soucier des conséquences possibles en raison du contrôle social étroit. Comme le secteur étatique couvre encore 40 % de la production industrielle – dont la sidérurgie –, le début d’une crise comme celle de l’acier déclenche presque immédiatement des restructurations dans le secteur considéré.
Depuis vingt ans, le secteur dual interconnecté du charbon et de l’acier a connu d’importantes restructurations. De 1998 à 2003, des réductions de capacité et les modernisations ont amené le licenciement de 28 millions de travailleurs. Le 4 avril 2016, le gouvernement chinois a publié un nouveau plan prévoyant de licencier près de 2 millions de travailleurs dans les mines et la sidérurgie et près de 6 millions dans ces mêmes secteurs dans les années à venir. Comme nous en parlerons ci-après, ces mutations n’ont pas été et ne sont pas sans résistances, et même pas sans remous politiques dans le Parti communiste. La Chine compte plus ou moins 150 000 entreprises d’Etat exploitant 30 millions de travailleurs. La plupart de ces « zombies companies » sont maintenues artificiellement en vie par les autorités locales pour pallier les pertes de revenu et éviter d’accroître le chômage local.
Mais cela ne résout pas le problème immédiat de la surproduction présente et des stocks qui s’accumulent car, nous venons de le voir, cette production ne peut s’arrêter ni même se réduire aussi brutalement. La Chine commence à exporter massivement ses surplus : elle propose sur le marché mondial en 2015 à 200 livres sterling [environ 261 euros] la tonne d’acier qui valait 400 livres sterling en 2012. C’est plus que du dumping, et les clients affluent. En 2015, elle a exporté 112 millions de tonnes d’acier, plus que toute la production américaine annuelle et dix fois plus que celle de la Grande-Bretagne. Depuis, la Russie est entrée aussi dans ce même jeu.
Cette braderie a sur le plan mondial une double conséquence.
Pour les pays qui n’ont pas de production d’acier, c’est pratiquement l’élimination des concurrents américains et européens.
Pour les pays producteurs, c’est la ruine pour les entreprises qui ne peuvent s’adapter, au moins dans un futur proche : d’un côté, pour l’immédiat l’établissement de droits de douane, d’un autre côté, pour le plus long terme, des restructurations notamment par des fusions d’entreprises  afin de parvenir à des économies d’échelle. C’est ainsi que les Etats-Unis établissent des droits de douane de 236 % sur les aciers chinois alors que la Grande-Bretagne ne peut compter que sur un maigre et ineffectif 16 %. Toutes les puissances hors Chine sont coincées : l’OMC, à laquelle la Chine a adhéré récemment, et les accords commerciaux entre les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) et à l’intérieur de l’UE proscrivent les barrières protectionnistes que constituent les droits de douane. D’autre part, l’établissement de ces barrières nationales visant un seul pays expose à des mesures de rétorsion. Cet effet non prévu de la mondialisation et de la libération des échanges est en totale contradiction avec ce qui était prôné et plus ou moins pratiqué jusqu’alors. On peut noter que ce retour à des barrières protectionnistes et à un patriotisme économique coïncide avec l’établissement d’autres barrières – matérielles celles-là – pour entraver la libre circulation des personnes tout au moins au sein de l’Union européenne. On voit ainsi, économiquement et politiquement, l’évolution mondiale d’une industrie amener une contradiction entre les intérêts des multinationales et ceux des nations concernées.
La Chine n’a pas ce problème, mais le problème social classique de l’affrontement direct entre les travailleurs concernés et le capital. Depuis un an la Chine connaît une nette recrudescence de grèves, entre 30 % et 40 % de celles-ci dans le secteur des mines et de la sidérurgie. Entre le 1er décembre 2015 et le 8 février 2016 (un peu plus de deux mois), plus de 1 000 grèves ont été recensées dans toute la Chine contre 1 300 pour tout 2014 et 800 pour tout 2015. Une bonne partie de ces conflits récents concernent le paiement d’arriérés de salaires et les indemnités de licenciements suite à la concentration et aux fermetures d’entreprises minières et sidérurgiques. Quelques exemples récents :
F 29 février et 1er mars : des centaines de mineurs manifestent à Pingxiang (Jiangxi) pour paiement des salaires. Ils sont violemment réprimés par les flics, des blessés. Pour « maintenir l’ordre social » et assurer la stabilité de la production dans les mines, depuis les manifestations les autorités ont pris des mesures « pour garantir l’harmonie y compris  par l’envoi de gens sûrs avec des armes pour patrouiller dans les zones sensibles, recueillir des informations sur les troubles et résoudre les conflits ».
F 9 mars : pendant plusieurs jours, des dizaines de milliers de mineurs du Heilongjiang LongMay Mining Holding Group (le plus grand trust charbonnier  d’Etat, qui exploite 40 mines) manifestent à Shuangyashan, proche de la frontière russe. Ils réclament les ­salaires impayés (certains de ces impayés remontent jusqu’à 2014), et protestent contre des réductions de salaire et contre le projet de 100 000 licenciements dans le secteur minier (40 % de l’effectif total). Les grèves et manifestations se poursuivant, police et armée patrouillent dans le secteur. Les autorités ont  menacé d’être particulièrement fermes contre toute tentative de blocage des communications et occupations.
F Mars : les travailleurs de Tonghua Iron and Steel à Jilin protestent contre le non-paiement des salaires.
F 15 mars : dans le Guangzhou, des centaines d’ouvriers bloquent les entrées d’une aciérie.
Pour tenter de prévenir ces troubles, le gouvernement central a décidé d’accorder des subventions aux industries de l’acier et minières à hauteur de 15 milliards de dollars pour leur permettre d’assurer des mises à la retraite anticipées, des centres de formation et des prêts à la création d’entreprises.

États-Unis

C’est une situation similaire que l’on retrouve aux Etats-Unis où, sous le poids de la concurrence chinoise, on assiste d’une part à un processus de concentration et d’autre part, en partie conséquence de ces concentrations, comme en Chine, soit des fermetures d’usines et de mines avec leur cortège de licenciements soit, à l’occasion du renouvellement des contrats collectifs de branche ou d’entreprise, de tentatives de rogner sur l’ensemble des conditions de travail (classiquement sur les garanties maladies et retraite). Tout au long de 2015, on a assisté, sous l’égide du syndicat United Steelworkers (USW), à des grèves en ordre dispersé, qui se sont toutes terminées par des accords plus ou moins défavorables aux travailleurs. La dernière de ces grèves, qui avait duré jusqu’alors par l’obstination des travailleurs d’ATT lockoutés dès le début de la grève il y a plus d’un an, s’est terminée le 15 mars 2016 par un accord plus favorable.
Mais cela n’empêche nullement les restructurations de se poursuivre et les licenciements de mettre sur le pavé des centaines de travailleurs. En janvier, un des grands de l’acier américain, la multinationale US Steel, ferme une aciérie employant 614 travailleurs et une cokerie en exploitant 300. En février, ArcelorMittal a mis à pied 700 travailleurs. On peut avoir une idée des ravages de ces restructurations par un seul exemple, celui d’East Chicago (banlieue de Chicago à la frontière entre l’Illinois et l’Indiana), centre sidérurgique qui comptait 60 000 habitants en 1960 et n’en a plus que 30 000 en 2016, avec un taux de pauvreté de 36 %. Finalement les travailleurs de ces secteurs minier et sidérurgique, aussi bien chinois qu’américains, sont coincés dans la défense même de leur position : ou bien ils se plient aux propositions de réformes draconiennes de leurs conditions d’exploitation pour maintenir en vie une industrie nationale aux dépens de tous les travailleurs du monde des mêmes industries, ou bien ils résistent et participent à l’élimination de leur propre exploiteur et à leur licenciement, ce qui peut se faire tout autant dans les fusions et restructuration de ces secteurs. En avril, la principale entreprise minière américaine, Peabody, a dû se déclarer en faillite à cause de la concurrence du gaz dans les centrales thermiques et de la crise de l’acier.
Ce dilemme contraint pour les travailleurs   se retrouve encore plus complexe dans l’Union européenne où, faute d’une décision collective à l’échelle de l’Union, chaque Etat se voit confronté aux décisions des multinationales qui ont pris le contrôle des plus importantes aciéries nationales. Les luttes des travailleurs pour le maintien de leur emploi coïncident de manière particulièrement ambiguë avec les impératifs nationaux voire patriotiques opposés aux décisions des multinationales axées uniquement sur la rentabilité devant la concurrence chinoise. Il n’y a pas vraiment de politique européenne dans ce domaine tant les intérêts nationaux prennent le pas sur les nécessités économiques de l’Union. La question objet de cet article doit être examinée quant aux principaux pays européens producteurs d’acier.

Royaume-Uni

En 1980 sous Thatcher, la sidérurgie a connu une vague de restructurations qui dura huit ans et fit tomber les effectifs de cette industrie de 668 000 à 130 000. L’entreprise d’Etat British Steel, privatisée, passa sous le contrôle de Petrus en 1999, pour être reprise par la multinationale indienne Tata en 2006. De 1991 à 2015, les effectifs tombèrent de 38 000 à 18 000 alors que les importations de produits ferreux couvraient 60  % des besoins du pays. Il ne reste aujourd’hui que 11 usines sidérurgiques qui représentent seulement 40 000 emplois directs et indirects.
Tata Steel, perdant de l’argent pour ses aciéries britanniques, annonce en avril qu’il les brade au plus offrant. Une partie d’entre elles viennent d’être vendues pour une livre sterling à un consortium, Greybull Capital, sous condition d’une réduction de 3 % des salaires et des contributions patronales retraite pendant une année et nouvelles discussions après, conditions acceptées par les travaillleurs concernés le 20 avril. Ces nouveaux patrons ont pu ainsi remercier publiquement les syndicats pour leur collaboration. Des pourparlers sont en cours avec d’autres multinationales de l’acier, dont l’allemand Thyssen Krupp . Le gouvernement britanique pris dans sa politique libérale refuse une nationalisation, même provisoire, tout comme l’instauration de droits de douane élevés au niveau européen. Mais il décide quand même le 21 avril, dans un plan de soutien à la sidérurgie nationale, de consacrer des millions de livres au soutien du repreneur éventuel de Tata Steel.

Allemagne

La plus importante sidérurgie de l’Union européenne exploite directement 87 000 travailleurs et indirectement plus de 3 millions. Face à l’important impact de cette crise de l’acier, les réactions de la base contraignent le syndicat IG Metall à organiser des manifestations pour prévenir ou limiter  toute restructuration sur le dos des travailleurs. Le 11 avril,
45 000 sidérurgistes manifestent dans toute l’Allemagne, dont 6 000 à Duisbourg dans la Ruhr. Ces protestations ont reçu l’appui du ministre de l’économie, soulignant l’union nationale patrons et syndicats dans la défense d’une industrie nationale . Les manifestations sont essentiellement dirigées contre un projet de restructuration qui pourrait résulter de la fusion en discussion entre Tata et Thyssen Krupp.

France

La France ne semble pas particulièrement touchée par tous ces remous.
On peut trouver deux raisons à cette situation. D’une part ces restructurations sont déjà accomplies avec de nombreux conflits dans le passé (dans les années 1980 plus de 10 000 emplois ont été supprimés chaque année dans la sidérurgie ce qui fait qu’en 1990 le nombre de salariés du secteur avait été divisé par trois) ; les effectifs actuels avoisinent 25 000. D’autre part, une bonne partie des aciéries françaises se sont spécialisées sur des créneaux porteurs d’aciers spéciaux. Là aussi ces dernières années ont vu une légère chute d’activité et des fusions, mais pas d’une ampleur telle que cela puisse engendrer des luttes.

Le dilemme
de l’Union Européenne

Dans cette sorte de guerre où s’affrontent les multinationales et les Etats autour des préférences et des protections nationales, c’est la plus grande confusion. Dans l’UE, certains Etats sont pour l’établissement de droits de douanes sur l’acier chinois jusqu’à 300 %. D’autres s’y opposent et on voit la multinationale US Steel accuser l’UE et la Grande-Bretagne de « négligence ». Des manifestations sont organisées à Bruxelles dans la plus parfaite concorde sociale comme le 15 avril : les entreprises de l’acier ont organisé le déplacement de 5 000 travailleurs de 18 pays devant le siège de la Commission européenne, de concert avec les syndicats pour que soient prises des mesures protectionnistes. On retrouve ainsi à l’échelle européenne ce que l’on voit à l’échelle des entreprises : une union patrons et syndicats pour imposer aux travailleurs les mesures qui obèrent sérieusement les conditions d’exploitation en les contraignant à choisir entre ces mesures ou le licenciement. Les Etats, c’est-à-dire les politiques nationales, tentent de trouver des solutions plus ou moins œcuméniques pour conserver ces industries de base sur le territoire national, mais leur intérêt ne coïncide pas avec celui des entreprises sidérurgiques dont le seul intérêt est le profit et qui n’attendent des Etats que des facilités financières (sous forme de subventions, d’exonérations diverses et de mesures rendant plus facile l’exploitation des travailleurs).
Et la lutte de classe ?

 

 

Si on considère la situation dans laquelle se trouvent les travailleurs de la sidérurgie d’avoir à choisir entre la fermeture ou une aggravation des conditions d’exploitation – participant ainsi, par des accords syndicats-patrons ou par un référendum d’entreprise – on peut voir qu’elle se rattache à tout un ensemble de mesures dans les relations de travail pries pour permettre au capital de surmonter la crise. Ce qui se passe à l’échelle mondiale (particulièrement pour les Etats-Unis et l’UE, les deux premières puissances économiques mondiales) se retrouve à l’autre bout du processus de production dans l’unité de production dans la même option offerte aux travailleurs d’accepter une modification drastique de leurs conditions d’exploitation ou de se retrouver sur le pavé (une réalité sociale que les projets législatifs englobés sous la « loi du travail » tentent d’encadrer et de légaliser).
Tout cela, vu sous l’angle de la lutte de classe, peut être considéré comme une régression importante qui donne aux dirigeants d’entreprise tout pouvoir sur ces conditions d’exploitation et fait du travailleur un pur objet malléable aux impératifs économiques. Mais on doit considérer un autre aspect dont on voit mal l’incidence dans l’évolution de la conscience ouvrière et du rapport de forces au sein de l’entreprise. Le fait d’appeler les travailleurs à décider du sort de l’entreprise (et en même temps de leur propre sort) modifie profondément les rapports traditionnels d’autorité, même si ce sont les dirigeants qui en fixent les termes. Que signifie cette mutation et quels en seront les effets ?  L’avenir le dira car  il est trop tôt pour pouvoir analyser les conséquences de ce processus en cours.
H. S.

 

 

NOTES

(1) Dans le processus traditionnel, la fonte (haute teneur en carbone) sort du haut fourneau où l’on a mélangé minerai de fer et coke (obtenu par distillation du charbon) et autres adjuvants. Cette fonte liquéfiée dans un convertisseur voit réduire sa teneur en carbone pour produire de l’acier puis du fer. Pour modifier les qualités de l’acier on y ajoute d’autre métaux en quantité diverses pour donner des aciers spéciaux. D’autres procédés sont utilisés pour le recyclage de la ferraille (four électrique) ou la réduction directe du minerai.
(2) Sur la production mondiale de 1 800 000 tonnes d’acier en 2015, la Chine en a assuré presque la moitié, les Etats-Unis 10 %, l’Union européenne 10 % (l’Allemagne 5 %, la France 1,5 % et la Grande-Bretagne 1,5 %).
(3) Plusieurs raisons s’opposent à un arrêt immédiat d’une aciérie à cause du caractère même de cette production. Un haut fourneau doit fonctionner en continu donc être approvisionné régulièrement sans arrêt. Un arrêt le met pratiquement hors d’usage et tout son revêtement intérieur doit être reconstruit avant toute remise en route. D’autre part, pour assurer ce fonctionnement constant, des contrats à long terme pour le minerai et le charbon ont été conclus qui ne peuvent être rompus immédiatement, et au prix de dédits financiers. La crise laisse donc, avant toute réduction ou arrêt, un surplus qui doit être écoulé.

Hongkong : 2014, la « révolution des parapluies »

Cet article est paru dans Echanges n° 151 (http://www.mondialisme.org/spip.php?article2457)

 

Fin septembre 2014, les médias occidentaux commencent à relater le déroulement des manifestations de masse à Hongkong en les comparant ou les assimilant aux « révolutions (1) de couleur » dans les ex-pays de l’Est européen, des « printemps arabes », ou des mouvements « occupy » de différents pays de l’Union européenne et aux Etats-Unis. Ce mouvement d’opposition politique de Hongkong, qui avait commencé par une revendication démocratique, met directement en cause les relations de ce territoire avec Pékin et le Parti communiste chinois, relations dont il n’est qu’une péripétie  depuis le rattachement spécifique de ce territoire à la Chine en 1997. Lesdits affrontements, dont les prémices peuvent remonter à quelques années, s’ils ont atteint une certaine dimension dans la mobilisation et dans le temps, n’ont pas été au-delà des affrontements rituels avec la police. Et ils se sont progressivement affaiblis pour s’éteindre à la fin de cette année 2014 en laissant en suspens l’ensemble des problèmes autour d’une gestion démocratique du territoire.
Si, à propos de ces remous, ont fleuri les comparaisons avec les mouvements « occupy », voire avec Tiananmen en 1989, force est de constater que s’il offrait dans la forme une similitude avec tous ces mouvements par le fait d’occuper en permanence un lieu public, il n’a rien d’autre à voir avec ces mouvements, eux-mêmes bien disparates. Il pourrait s’approcher de certains de ces mouvements visant à déstabiliser un régime en place, mais on ne peut que constater, avant d’examiner ce que fut cette « révolution des parapluies », que Hongkong n’est plus qu’en marge d’une Chine en prodigieux développement économique. Et cette révolution, si elle eut la prétention d’influer le cours de la Chine tout entière, ne fut tout au plus qu’une piqûre d’épingle.
Du fait de cette marginalité et d’un statut spécifique temporaire qui favorise les interventions extérieures, Hongkong est devenu un nid d’espions orienté, via surtout des ONG, vers une Chine dominée par le Parti communiste chinois ; une porte entrouverte sur l’immensité de la Chine. Il est évident que, dans une telle situation, les tensions économiques et sociales à Hongkong peuvent être exploitées de toutes les manières pour tenter de contrer l’influence de Pékin, faire ressortir les caractères présents de la domination politique de la Chine, dans l’espoir fallacieux que cela pourrait perturber, voire influer, ce cours politique.
L’évolution économique de Hongkong joue un rôle dans les remous sociaux en question. Sous l’occupation coloniale britannique, Hongkong était un centre économique et financier incontesté dans l’Extrême-Orient et même mondialement. Mais l’essor de la Chine, plus que la fin du statut colonial, a relativisé cette puissance, d’autant plus que la province voisine du Guangdong est la plus riche de Chine, ayant connu un développement économique spectaculaire (en vingt ans, la part de Hongkong dans le PIB global de la Chine est passée de 20 % du PIB chinois à 3 %). Le développement de Shenzhen, à la frontière avec Hongkong, peut illustrer cette évolution (2). Si la Chine a connu encore en 2014, malgré un ralentissement, une croissance annuelle du PIB de 7 %, la croissance du PIB à Hongkong n’a été cette année-là que de 2,3 %, en-deçà de la moyenne de 3,9 % des dix années précédentes. En tant que place financière, Hongkong a été détrônée par Shanghaï et Singapour et est en passe d’être dépassée par Shenzhen.
Sans le prolétariat

Ce ralentissement de l’évolution économique et financière ne diminue pas seulement l’influence de tout l’establishment de l’ex-colonie mais a aussi des répercussions sur le devenir des classes moyennes, appartenant principalement au secteur des services. Le rôle très actif joué dans les manifestations de l’automne 2014 par les étudiants reflète cette situation : c’est plus le souci de leur avenir qui est en cause que leur opposition à telle ou telle décision politique de Pékin. Avec la montée d’une classe ambitieuse et consommatrice, il y a eu une véritable explosion du nombre d’étudiants dans le secondaire et le supérieur : si le développement économique ralentit, le potentiel de révolte s’accroît d’autant (3). Mais dans tous ces conflits, il importe de souligner que jamais le prolétariat de Hongkong ou de la zone frontalière de Chine ne participèrent, d’une manière ou d’une autre, à ces actions qui restèrent finalement des conflits politiques entre classes dirigeantes. Au cours des trente dernières années, avec la globalisation, la minorité des plus riches s’est encore enrichie, alors que depuis vingt ans les salaires sont stagnants (voir p. 4), que le coût du logement grimpe sans arrêt, que les emplois se raréfient, que la qualité de vie a régressé et que l’inégalité sociale est une des plus importantes du monde – situation qui touche particulièrement les classes moyennes et les jeunes et qui explique que, étudiants ou pas, ils vont être les éléments actifs dans les événements de l’automne 2014 (4).
On ne peut que souligner que ce sont trois « factions » qui gouvernent en fait Hongkong : les plus grosses fortunes (45 % d’entre elles contrôlent 80 % du PIB), les tycoons (magnats des affaires, souvent des parvenus) et les héritiers de la période coloniale. Leur méfiance commune d’un processus démocratique direct peut se résumer dans cette déclaration d’un financier : « Si le gouvernement mettait en place ce que demandent les manifestants, cela aurait pour effet de laisser les plus pauvres de la société dominer les élections ». C’est faux, car la « démocratie » peut très bien protéger les plus riches, mais cela témoigne du fossé entre classes sociales. Les « démocrates » de Hongkong représentent une fraction de l’élite dirigeante qui cherche à maintenir une plus grande autonomie du territoire. Ils craignent que l’intégration à la Chine ne compromette leurs propres affaires et la position du territoire comme centre financier mondial. Mais une autre fraction de cette élite dirigeante a des liens étroits avec les dirigeants chinois politiques et économiques, ce qui lui permet d’étendre son activité économique et financière en Chine continentale et n’est nullement hostile à des liens plus étroits avec elle (5).
Dans la « révolution des parapluies » se sont exprimé deux courants, l’un émanant de l’establishment hongkongais (financier, économique et politique) qui cherche à maintenir ses prérogatives dans le statut temporaire de Hongkong face à Pékin, l’autre émanant précisément de cette base des étudiants inquiets pour leur avenir et qui peuvent apparaître alors comme les « petits soldats » de cet establishment. Si ces deux courants tendent à affirmer une certaine « indépendance » par rapport à la normalisation que le Parti communiste chinois prétend imposer (et qui, de toute façon se fera au terme prévu dans les accords de rétrocession du territoire à la Chine), ils vont s’exprimer par des voies différentes à partir de causes différentes. Dans cette dualité, l’ensemble des mouvements s’inscrivent dans une longue série d’affrontements contre les interventions de Pékin dans le processus d’intégration finale de Hongkong dans le système chinois.
La Chine a promis d’instaurer le suffrage universel, en 2017  pour la désignation du chef de l’exécutif de Hongkong et en 2020 pour le Parlement ; c’est au sujet des conditions mise par la Chine autour de cette « démocratie » que va se cristalliser une tension économique et sociale latente. Pour ne remonter qu’une quinzaine d’années en arrière, en 2002 une manifestation contre l’imposition d’une loi antisubversion qualifiée « Article 23 » mobilise 800 000 participants et en obtient le retrait. En avril 2004, suite au veto opposé par Pékin à un projet de réforme électorale, une manifestation réunit plus de 200 000 participants. Mais parallèlement à ces conflits politiques récurrents entre l’establishment de Hongkong et Pékin, d’autres affrontements, plus concrets, secouent le monde universitaire.
La contestation étudiante

Depuis la fin de la domination coloniale britannique en 1997, l’éducation a été une patate chaude illustrant bien le slogan de cette cohabitation temporaire « un pays, deux systèmes ». Le système éducatif à Hongkong, hérité de la période coloniale, est calqué sur le système britannique et est resté en place jusqu’à présent, sauf que les autorités de Hongkong qui le supervisent doivent négocier en permanence le partage du pouvoir avec Pékin.
La pression de Pékin est de plus en plus forte à mesure qu’avance la normalisation avec le système chinois, notamment sur le contenu des programmes scolaires. Au printemps 2011, jugeant que les quelque 7 millions d’habitants de Hongkong ne sont pas spécialement attachés à « leur patrie » la Chine, Pékin prétend imposer une réforme scolaire pour inculquer les « valeurs »dans un nouveau cursus à tous les échelons intitulé « Education morale et nationale » (6).
Les étudiants de l’ensemble du système universitaire sont représentés à Hongkong par une Hongkong Federation of Students (7). Même si, en cette circonstance, cette fédération syndicale s’affirma carrément hostile à la réforme scolaire, son opposition formaliste fut largement dépassée par un mouvement lycéen qui, parti de rien, finit par être l’élément d’avant-garde très actif de cette résistance. Tout surgit d’un groupe de quelques lycéens entraînés par un adolescent de 15 ans qui, avec une campagne de signatures (100 000 recueillies en quelques semaines) et l’utilisation intensive des réseaux sociaux, parvient à une mobilisation autour d’une organisation nouvelle, Scholarism ; celle-ci, après une grande manifestation en septembre 2012 qui entraîne beaucoup plus largement d’autres étudiants, réussit à obtenir le retrait du projet du cursus suggéré par Pékin. Mais, pour Scholarism, l’action ne doit pas s’arrêter là. Comme le déclare Joshua Wong (8) après un entretien avec Benny Tai (9) (voir ci-après) : « Tai et ses collègues voulaient appeler à une manifestation pacifique dans le Central Business District (CBD) pour le 1er octobre pour simplement envoyer un avertissement au gouvernement. Nous pensions que cela à la fois n’avait pas de sens et était inadéquat. CBD est un terrain très peu favorable pour une manifestation, difficile d’accès et désert pendant le week-end. Aussi, quatre jours plus tôt, le 26 septembre, nous avons démantelé les barrières de sécurité protégeant le Civic Square, au centre du complexe des bureaux du gouvernement, et occupé l’espace ainsi disponible, rapidement encerclé par les forces de sécurité. C’est cette action qui a déclenché le mouvement. J’ai été arrêté avec quelques autres le 27 septembre, pour être relâchés peu après sauf moi qui fut retenu 46 heures. Alors que j’étais encore détenu, la police attaqua les occupants de la place avec des lacrymogènes. Répression policière et arrestations déclenchèrent une vague de solidarité et beaucoup de jeunes employés rejoignirent le mouvement, qui se transforma en occupation de différents lieux de Hongkong pendant une huitaine de jours, avec le soutien actif de la Fédération des syndicats étudiants.
« Occupy Central with love and peace »

A ce stade, il est difficile de démêler qui fait quoi et dans quel but, bien qu’en apparence, tout le problème réside dans la mise en place d’un système en vue de l’élection du chef de l’exécutif au suffrage universel prévue pour 2017, au sujet duquel l’establishment financier et économique de et les courants « démocratiques » de Hongkong veulent des candidats « libres », s’opposant ainsi à Pékin qui veut intervenir dans ce choix (voir p. 8). Au-delà de ce détail politique formel, il est tout aussi difficile de savoir quels sont les intérêts réels en cause, sauf à dire que ce sont des débats et des conflits qui restent étrangers à l’ensemble de la population, dont la situation ne changera guère quel que soit le système en place.
Qui a décidé et qui a poussé un professeur de droit à l’Université de Hongkong, Benny Tai Yiu-ting (voir note 9) à publier le 16 janvier 2013 dans le Hongkong Economic Journal dont il est un collaborateur régulier un article intitulé « Le venin le plus mortel : la désobéissance civile », et à préconiser l’occupation totalement pacifique du « Central business » à Hongkong, après un long processus destiné à amener une prise de conscience chez les Hongkongais pour un soutien de la « démocratie ». D’après lui, le mouvement démocratique reconnu à Hongkong est au trente-sixième dessous et son article, de son aveu, n’intéresse qu’une poignée de lecteurs. Avec deux acolytes, le sociologue Chan Kin-man (10) et le pasteur Chu Yiu-ming (11), il persiste, et signe le 30 janvier un deuxième article prônant de nouveau la désobéissance civile (12). Le révérend anime depuis des années un Democracy Development Network, militant pour une réforme démocratique « modérée », et Chan est un membre influent du Democratic Party (13). Tous trois ont déjà dans le passé été impliqués dans des pourparlers avec Pékin sur le statut de Hongkong. Malgré leur modération, ils sont considérés par les pro-Pékin et les milieux financiers de Hongkong comme des marginaux. Mais ils ont élaboré un plan : d’abord réunir autour d’une pétition au moins 10 000  contestataires, et au final,  une fois que toutes les autres méthodes  pour faire connaître leur projet de suffrage universel pour l’élection de 2017 auront échoué, commencer des occupations pacifiques de rues .
Le 24 mars, Qian Xianyang, président du Law Committee dépendant du National People’s Congress Standing Committee (NPCSC), émanation de Pékin, statue que les candidats à l’élection du chef de l’exécutif devront « aimer la Chine et aimer Hongkong » (voir note 6).
Le plan de campagne des trois compères incluait trois « Jours de délibération » (14), des réunions en des lieux précis auxquelles chaque résident pourrait participer. Sujets de discussion : les règles de la protestation non violente et la propagation du mouvement de désobéissance civile. Le 27 mars 2013, les « trois » lancent lors d’une conférence de presse le mouvement Occupy Central with Love and Peace (OCLP) avec le projet d’une manifestation en juillet 2014 pour que Pékin respecte « les standards démocratiques mondiaux »
Ce qui déclenche l’ire de Pékin, laquelle est relayée en octobre 2013 par un groupe de huit principales organisations patronales de Hongkong qui condamne les leaders d’OCLP à la fois pour leur rencontre avec le mouvement politique Taiwan Independence et pour leurs projets d’agitation  qui perturberait sérieusement l’activité économique.
Six cents Hongkongais participent à l’université de Hongkong au premier Jour de délibération, le 9 juin 2013. Les suivants auront lieu les 9 mars et 6 mai 2014.
Le troisième Jour de délibération a finalement fixé l’organisation d’un référendum du 20 au 29 juin 2014, consultation qui rencontre une participation imprévue de plus de 800 000 Hongkongais (22 % des électeurs inscrits) (15). Mais ce succès apparent dissimule mal la multiplicité des propositions « pour le vote démocratique » du chef de l’exécutif et sur la méthode pour faire pression sur Pékin . Les dirigeants pro-chinois ripostent en organisant une pétition sous l’égide de l’Alliance for Peace and Democracy Campaign, une machine de guerre qui aurait recueilli 1 million de signatures et une participation massive et, savamment orchestrée et manipulée, une manifestation de soutien (16).
La manifestation traditionnelle célébrant le rattachement de Hongkong à la Chine le 1er juillet rassemble plusieurs centaines de milliers de participants et est l’occasion pour le « camp démocratique » de montrer son importance ; mais elle démontre aussi les limites admises par Pékin à de telles actions : une tentative de prolonger la manifestation par l’occupation des espaces publics échoue devant la forte répression policière : plus de 500 arrestations.
Le 31 août 2014, le NPCSC annonce le contenu de la réforme du système électoral avec un contrôle de Pékin sur le choix des candidats, qui bien sûr a l’accord du parti communiste. Les « trois organisateurs » et leur enfant l’OCLP se trouvent alors devant la concrétisation d’une opposition « démocratique » et un mouvement étudiant beaucoup plus radical qui risque de leur voler leur vedette « pacifiste ». On peut d’ailleurs se demander s’ils ne veulent pas, pour leur mandants, contrôler ce dernier mouvement car on semble assister à une sorte de course de vitesse dans les appels à des occupations. D’un côté Tai et ses collègues se trouvent plus ou moins acculés à organiser le rassemblement annoncé, de l’autre ils doivent garder la ligne « pacifiste ». OCLP lance donc un appel à une telle manifestation pour le 1er octobre 2014. Mais c’est trop tard : Scholarism, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, a déjà organisé du 22 au 26 septembre une action violente dans un autre quartier de Hongkong et le cycle « action- répression » a déjà débuté. OCLP n’a d’autre solution que de se rallier le 28 septembre à une dynamique qui lui échappe.
Septembre 2014

Il est impossible de décrire dans le détail les événements qui vont se dérouler jusqu’à la fin de l’année à la fois quant à l’interaction des différents protagonistes et à l’auto-organisation qu’impliquait l’occupation permanente de ­certains sites de Hongkong (17). Cet exposé chronologique linéaire peut ainsi paraître insatisfaisant. Signalons auparavant que, préventivement,  une délégation de l’élite financière de Hongkong a été reçue à la mi-septembre par Xi Jinping (18) pour lui affirmer sa fidélité à la ligne définie antérieurement pour la gouvernance de Hongkong. De même, avant que les étudiants descendent dans la rue le 26 septembre, des juristes pro-Pékin tentent de trouver un accord avec l’opposition pro-démocrate au sujet de la désignation des candidats à l’exécutif qui aurait l’agrément de Pékin. Mais le mouvement qui se déclenche fait capoter ces pourparlers.
Remontons aux journées du 22 au 26 septembre au cours desquelles les étudiants boycottent le système scolaire, occupent et envahissent des bâtiments officiels, contraignant OCLP à avancer sa journée de mobilisation et à s’associer – du moins en apparence – au mouvement étudiant. Le 27 septembre, malgré cet appui « pacifique », les étudiants manifestent devant le complexe central du gouvernement et tentent d’envahir certains bâtiments
Les dirigeants du mouvement OCLP sont contraints d’avancer leur projet de manifestation pour le 28 septembre. C’est alors que se déclenche vraiment le mouvement ; plusieurs places de Hongkong (Admiralty, Causeway) et de Kowloon (Mongkok) sont occupées. Le mouvement dépasse les organisateurs à la fois par sa dimension (des dizaines voire des centaines de milliers de personnes), sa persistance (occupation permanente) et son extension (les grandes artères de Hongkong deviennent des campements de centaines de tentes ou sont bloquées par ceux qui y restent en petits groupes dispersés assis sur la chaussée). Dans le courant d’octobre, on assiste à l’action de contre-manifestants qui, soit manifestent, soitlancent des raids violents dans les secteurs occupés ; ces attaques seraient le fait des triades envoyées par les autorités locales ou peut-être de Pékin. Le 22 octobre, alors que les occupations ne faiblissent pas, deux heures de pourparlers entre la fédération des étudiants et les autorités de Hongkong aboutissent à une impasse.
La tournure prise par le mouvement ne correspond pas du tout à ce que voulaient les leaders d’OCLP : Benny Tai et Chan Kin-man se désolidarisent le 28 octobre de ce qui échappe à leur contrôle. Leur retrait coïncide avec d’un côté l’affirmation le 9 novembre par Xi Jinping de son soutien au chef de l’exécutif de Hongkong, Leung Chun-ying (19) lequel vient de déclarer de nouveau son accord avec les propositions de Pékin sur la « transition électorale ». Leur retrait coïncide aussi avec les attaques de la police pour réoccuper l’espace urbain alors que près de 3 000 tentes restent encore piquées sur les places occupées. Peu à peu les principaux lieux d’occupation sont évacués : Admiralty le 18 novembre, « pacifiquement », Mongkok le 25 novembre, après une bataille de deux jours entraînant 150 arrestations dont celle des deux responsables de Scholarism.
Une tentative de la fédération étudiante d’organiser un blocage général des bâtiments publics échoue et le mouvement se délite avec des divisions plus ou moins folkloriques. Le 1er décembre, la police encercle le site d’Admiralty qui a été réoccupé. C’est le moment choisi par les trois compères d’OCLP pour prouver leur souci de rester dans une « légalité » pacifique, en allant le 3 décembre avec  le révérend Chu Yiu-ming et un quatrième, Martin Lee (20), se constituer « prisonniers » auprès de la police (qui refuse de les « accueillir »), annoncer la dissolution d’OCLP et appeler à cesser toute manifestation et occupation, alors que la répression s’est abattue sur ceux qui persistent à occuper les lieux publics. En désespoir de cause, Joshua Wong entame une grève de la faim dans une tente d’un lieu encore occupé, grève qu’il terminera rapidement faute d’un écho quelconque.
Le 8 décembre un tribunal, répondant à la plainte de milieux économiques, ordonne l’évacuation de tous les lieux publics occupés. Les derniers bastions tombent. Admiralty qui est resté occupé pendant onze semaines est pris d’assaut le 11 décembre alors que près de 1 000 occupants résistent : 209 arrestations. Le 15 décembre, l’évacuation de Causeway marque la fin de la « révolution des parapluies ». En tout près de 1 000 occupants auront été arrêtés et, le 15 janvier, 30 feront l’objet de poursuites.
Le 21 avril 2015, le gouvernement de Hongkong publie le dispositif final pour l’élection du chef de l’exécutif du territoire : rien n’a été changé quant au projet qui avait déclenché la « révolution des parapluies », sauf quelques points de détails : Pékin aura toujours le dernier mot alors qu’un dirigeant du parti démocratique déclare : « Le gouvernement nous mène en bateau (21). »
D’autres s’interrogent sur ce que ces journées ont pu apporter à la principale masse de manœuvre, les étudiants. Sans doute ils furent manipulés ; même s’ils auto-organisèrent pour vivre dans la rue, pendant des semaines, jamais ils ne tentèrent de dépasser la ligne rouge d’une contestation sociale, pas par crainte de la répression mais parce que leur origine sociale ne leur faisait rechercher qu’un certain partage du pouvoir politique. Une des preuves en est fournie par le fait que sur les lieux de l’occupation, ils organisèrent des cours pour ne pas interrompre leurs études. C’est à juste titre qu’un article écrit a posteriori s’intitule « Hongkong’s umbrella evolution » contredisant tous les commentaires grandiloquents des médias (22).
Quelques commentaires

« Révolution des parapluies » pour les uns, « Occupy Central » pour les autres ayant la même spécificité dans le cadre étroit de la réforme constitutionnelle à Hongkong sur la perspective encore lointaine de l’intégration totale du territoire à la Chine, une affaire sino-chinoise en quelque sorte dans laquelle les protagonistes s’affrontent en fait pour des intérêts bien précis.
« L’issue de la contestation était connue à l’avance. La revendication principale des étudiants pour une “véritable” démocratie était irréaliste dès le début. Pékin avait déjà donné sa position sur la “transition démocratique” et il était inconcevable qu’il cède devant une revendication étudiante de ce genre. C’était une sorte de poker menteur. Les banquiers ont toujours le dernier mot. Les véritables négociations entre l’administration de Hongkong et les pro-démocrates vont pouvoir commencer. La comparaison avec Tiananmen est tentante mais erronée. La lutte étudiante n’était pas engagée en fait avec Pékin mais avec les dirigeants locaux (23). »
Il apparaît d’autre part que les milieux économiques et financiers n’ont pas été particulièrement inquiets. Le lendemain de l’imposante manifestation du 1er juillet 2014, la Bourse de Hongkong atteint des sommets et le dollar de Hongkong grimpe contre le dollar américain (24). Ce que confirme un commentaire : « Même si l’action était plus violente, le résultat en serait une administration plus forte de la ville par l’oligarchie financière aux dépens de la population (25). »
Néanmoins, la forme prise par le mouvement (l’occupation permanente d’un espace public) ainsi que la situation sociale de l’ensemble des participants (en grande majorité des classes moyennes sans participation des travailleurs) l’apparentent à tous les mouvements de protestation importants qui se sont déroulés dans le monde dans la dernière décennie.
On peut aussi relever que si ces mouvements ont pu cesser par l’effet d’une répression  sanglante et ayant aussi parfois atteint un but tout éphémère, la plupart du temps ils se sont éteints par leur stagnation et leur non-extension globale nationale ou internationale. Pourtant, sur ce dernier point on ne peut manquer de souligner la récurrence de cette forme de résistance indépendamment de toute liaison ou organisation ; même si l’on pourrait parler de mimétisme ou d’un effet via les réseaux sociaux, les comparaisons s’arrêtent uniquement sur la forme de la protestation et l’auto-organisation qu’elle implique ; une grande diversité de buts qui pourraient être rassemblés sous la vague définition d’une résistance à l’autorité en place (26).
Un autre point commun à tous ces mouvements du style « Occupy », réside dans le rôle des réseaux sociaux, qui dans le cas de Hongkong outre leur rôle traditionnel d’information et de liaison semblent avoir joué un rôle beaucoup plus actif dans les orientations recherchées. Si Chen Yun-chung a pu déclarer que « l’utilisation des réseaux sociaux comme plateforme de liaisons a rendu les participants plus intelligents » (27), différents articles relayant d’autres textes plus généraux concernent le rôle directif favorisant certains intérêts que  peuvent jouer les algorithmes de Facebook ou de Twitter (28).
Ce dernier point nous ramène à une autre controverse : quel a été le rôle des Etats-Unis dans cette « révolution des parapluies » ? On ne peut bien sûr s’empêcher de penser à d’autres mouvements récents où l’intervention des services américains a été avérée, non dans leur genèse mais dans leur exploitation et leur orientation, une fois que les circonstances locales avaient amené l’explosion d’une révolte, par exemple dans les « révolutions de couleur », dans le « printemps arabe » d’Egypte (29) ou plus récemment dans le mouvement de la place Maidan en Ukraine. Comme l’écrit un commentateur : « Le but limité des leaders de la protestation – les élections de 2017 – laissait de tels mouvements ouverts à leur exploitation par des secteurs de l’élite dirigeante de Hongkong et à l’influence des Etats-Unis et de son impérialisme des “droits humains” (30). »
Si Obama a pu le 15 novembre, lors du sommet du G 20 en Australie, réaffirmer la politique américaine contre la Chine et appeler Pékin à limiter la répression, soulignant en même temps l’intervention de la campagne pour les « droits humains », cela n’implique pas une intervention plus ou moins directe des Etats-Unis, bien que nombre d’indices montrent à la fois l’influence d’organisations de propagande américaines chez les leaders du mouvement et l’utilisation à long terme de thèmes comme la « démocratie » pour tenter de déstabiliser le régime politique chinois actuel, une partie de l’orientation nouvelle de la politique mondiale des Etats-Unis pour contenir le développement conquérant de la Chine.
De l’autre côté, sur la base de cette nouvelle orientation, le gouvernement chinois a tout intérêt à dénoncer la « main des Américains » dans la révolte de Hongkong, tout en essayant,  par une censure étroite de l’ensemble des médias et des interdictions de voyage, de limiter  la propagation des manifestations de cette zone spéciale, des appels à la « démocratie » et au suffrage universel. Ces mesures interfèrent avec la propagande officielle qui dénonce la « campagne illicite de l’OCLP, œuvre d’une petite minorité d’extrémistes ».
Pour rester dans le domaine des influences d’organismes américains ou de contacts personnels qui vont à l’adoption de l’idéologie et de schémas venus des Etats-Unis, on peut relever certains points :
– pour Scholarism, la visite de ses leaders à Taiwan et leur rencontre avec un vétéran de Tian­anmen réfugié aux Etats-Unis (voir note 9) ;
– la méthode avancée par Benny Tai pour « propager la démocratie » a été empruntée à une théorie de « la démocratie active » et à un plan de journées de délibération, de référendums et de manifestations pacifiques élaboré par un universitaire américain et diffusé par l’américain James Fishkin (31) avec l’appui du NED et du NDI (32), émanations du gouvernement américain pour propager l’influence américaine dans le monde. Les antennes de ces organismes à Hongkong ont contribué à créer le Center for Comparison and Public Law (CCPL) dont Benny Tai est un collaborateur régulier (voir note 9). De même pour l’organisation d’une section féminine, Women’s Political Participation Network ;
– depuis le retrait des Britanniques en 1997, les deux organisations américaines susvisées ont été particulièrement actives dans l’ex-colonie, avec des stages de formation pour jeunes leaders politiques, des conférences autour de la « démocratie », par la création d’organisations diverses subventionnées avec les fonds alloués par le gouvernement américain. Dans ces contacts et activités diverses, on retrouve les mêmes personnalités politiques de Hongkong qui se trouveront en avant du mouvement Occupy ;
– Martin Lee (voir note 20) et Anson Chan (33), leader du Parti démocrate de Hongkong, débattent en avril 2014 lors d’un voyage aux Etats-Unis avec une commission du Congrès et plus spécialement avec le vice-président des Etats-Unis Joe Biden et la leader démocrate du Congrès Nancy Pelosi du sort de la démocratie à Hongkong. Lee, 76 ans, fondateur du Parti démocrate de Hongkong, est qualifié de « père de la démocratie » par ses partisans et de « chien courant des colonialistes » par Pékin ;
– on peut se demander comment sont parvenues aux occupants de la rue et des places les centaines de tentes (on peut se rappeler les tentes de la révolution orange en Ukraine), les équipements sophistiqués et le ravitaillement de presque trois mois d’action, et qui a financé tout cet ensemble bien organisé (34).
Que reste-t-il ?

« Hong Kong’s umbrella’s evolution » : c’est sous l’ironie decette « evolution » que le Financial Times du 30 avril 2015 tente de faire le bilan de cette prétendue « révolution ». Quelques jours auparavant, le gouvernement de Hongkong avait publié sa décision  pour les élections de 2017, entérinant la sélection par Pékin de trois candidats ; position appuyée par une consultation populaire qui avait réuni 130 000 votes favorables à ce choix.
La résistance d’éléments jeunes des classes moyennes dont la situation sociale se dégrade par l’effet conjugué de l’évolution du capital et de la crise, résistance qui n’arrive pas à mettre en cause le système, même dans de  très limitées revendications, faute de s’étendre à tous les exploités, se tarit et meurt (35). C’est parce que cette « révolution des parapluies », par-delà ses spécificités exprimait plus clairement qu’ailleurs cette marginalité d’un combat social que nous avons cherché à en montrer le déroulement confus.
Il semble se développer depuis la fin de la « révolution des parapluies » une sorte de guérilla à Hongkong. D’un côté une résistance dispersée qui utilise les conflits locaux (le 2 mars un affrontement violent avec la police lors d’une manifestation contre les « touristes économiques » pratiquant une sorte de contrebande avec la Chine entraîne 36 arrestations), multiplie les déprédations diverses ou bien tente de nouveau d’occuper la rue comme le 1er février 2015 où 15 000 « pro-démocrates » se rassemblent devant le Centre civique. De l’autre des arrestations ou des attaques personnelles contre de supposés « leaders », comme ces bombes contre les bureaux et le domicile de Jimmy Lai (36) le 12 janvier ou l’agression contre Kewin Len (38) en février sans compter des menaces personnelles contre nombre d’entre eux, ceci indépendamment d’un pilonnage médiatique constant.
Impossible de prédire si c’est le repli d’un mouvement qui se meurt ou un feu qui couve sous la cendre et que la conjoncture internationale peut raviver à tout moment.
H. S.

 

NOTES

(1) Comme dans tous les mouvements auxquels nous nous référons, dans ce texte ou dans d’autres concernant des événements de même nature, le terme « révolution », au sens où nous l’entendons, paraît particulièrement insolite et inapproprié, victime d’une certaine dévalorisation, même dans le sens déjà limité d’un changement de régime politique, et de la fin du système capitaliste. Si le parapluie est devenu le symbole du mouvement hongkongais, c’est que dans les premiers jours de l’action étudiante des orages avaient entraîné des précipitations abondantes qui rendaient obligatoire l’emploi de cet ustensile, hors de toute autre utilisation et, contrairement à ce qui a pu être avancé, de bien peu d’efficacité contre les bombes à poivre ou lacrymogènes.

 

(2) Shenzhen est devenu en 2013 le troisième port mondial pour le trafic des conteneurs, détrônant Hongkong. Sur la concurrence des autres places financières, voir « Singapour eyes Hongkong’s financial crown », Financial Times, 17 octobre 2014.
(3) Ce sont les classes moyennes et principalement les étudiants, presque tous issus de cette classe, qui sont touchés par la crise à laquelle s’ajoute pour Hongkong le déclin relatif et les incertitudes politiques. De plus, la perspective d’une intégration à la Chine renforcera la compétition dans l’ascension sociale. Mais les prolétaires ne s’associeront nullement au mouvement « occupy » . Les seuls syndicats qui s’associèrent au mouvement de l’automne 2014 furent les syndicats d’enseignants, ce que l’on peut aisément comprendre vu les causes du conflit récent sur les programmes scolaires.
(4) « Student Movement, analysis of human geography », Geopolitical Weekly, 14 octobre 2014.

(5) La présence chinoise à Hongkong est fort diverse. Pour se concilier les milieux financiers et économiques, la Chine a coopté certains membres de l’élite financière et économique au Parlement chinois. A travers la Democratic Alliance for Betterness and Progress of Hongkong (DAB) tout un réseau d’assistance notamment aux vieux a été construit ; l’influence chinoise se manifeste officiellement à travers un Bureau de liaison, plus secrètement par des agences spécialisées, par des membres clandestins du Parti communiste et par les triades (organisations du crime). Mais les liens les plus solides sont économiques et financiers. Hongkong a hérité du système de corruption des Anglais et cela s’accorde bien avec le système de corruption chinois. D’un côté les hommes d’affaires de Hongkong peuvent opérer sur le territoire chinois à travers des liens avec de hauts dirigeants de Pékin et des chefs d’entreprise chinois (c’est nécessaire pour qui veut investir en Chine). De l’autre, les trust chinois pénètrent économiquement à Hongkong, ce qui limite l’influence de tycoons (voir Le Monde, 10 octobre 2014. et « China leaders and their relatives have a strong interest in maintaining Hongkong’s financial‘success », Financial Times, 4 octobre 2014).

(6) C’est exactement ce que Deng Xiaoping avait défini pour Hongkong en 1984 en vue de la rétrocession de Hongkong à la Chine : « Des exigences et des définitions devront être établies au sujet de l’administration des affaires de Hongkong par ses habitants. On doit veiller à ce que les patriotes forment la majorité des administrateurs, c’est-à-dire le futur gouvernement de la région spéciale de Hongkong. Bien sûr on devra y inclure d’autres Chinois tout comme des conseillers étrangers. Qu’est-ce qu’un patriote ? Un patriote est celui qui respecte la nation chinoise, qui soutient sincèrement le rétablissement de la souveraineté chinoise à Hongkong et ne cherche pas à perturber sa prospérité et sa stabilité. Ceux qui acceptent cela sont des patriotes, qu’ils croient dans le capitalisme, le féodalisme ou même l’esclavage. Nous ne leur demandons pas d’approuver le système socialiste chinois, nous leur demandons seulement d’aimer la mère patrie et Hongkong » (« The big lie of Occupy Central with Love and Peace », commentaire de « China’s crack down in Hongkong », New York Times, 29 septembre 2014).
(7) La Hongkong Federation of Students regroupe les syndicats étudiants de différentes universités ; elle a été fondée en 1958 et jusqu’à la Révolution culturelle autour de1968 l’explosion de Tiananmen en 1989 militait pour le rattachement de Hongkong à la Chine (une insurrection principalement étudiante en 1967 fut réprimée dans le sang et se solda par 50 morts), pour promouvoir après la fin de l’occupation coloniale en 1997 une vision démocratique pour Hongkong et la Chine, restant quand même dans le cadre légal.

(8) Scholarism, fondée en 2011 dans la foulée du mouvement de 120 000 lycéens qui obtint le retrait de la réforme du cursus éducatif que Pékin prétendait imposer, s’affirme de nouveau le 22 juin 2013 à propos de la réforme électorale. Son « leader », intronisé par les médias, est caractéristique des étudiants de Hongkong : issu d’un milieu classe moyenne et élevé dans le giron du protestantisme, Joshua Wong est aussi l’enfant du siècle lorsqu’il déclare « Facebook is my library ». Il est difficile de dire si lui-même ou ses proches collaborateurs ont participé à différents centres de formation de Hongkong financés par les organisations américaines Nation Endowment for Democracy (NED) et sa filiale National Democratic Institute (NDI), ou bien quelles relations ils ont pu avoir avec le Centre for Comparison and Public Law (CCPL) fondé par NDI et animé par Benny Tai (voir note 9). Wong a aussi effectué un voyage à Taïwan où il a rencontré Wang Dan, un des leaders du mouvement étudiant de Tiananmen de 1989 réfugié aux Etats-Unis. Mais dans ses commentaires, après ces rencontres, il critique le fait que ces personnages appartiennent au passé alors que lui est dans le présent – ce qui est caractéristique de ceux qui vont être les éléments dynamiques de la « évolution des parapluies ». ( « Joshua Wong , Scholarism on the march », New Left Review 92, March-April 2015.)
(9) Beny Tai Yiu-ting, professeur de droit à l’Université de Hongkong. Wikileaks révèle son association avec Martin Lee et Jimmy Lai (voir note 36) dans Next Media et dans le CCPL, organisation associée et financée par le NED et le NDI américains (voir note 32). Voir un entretien avec Beny Tai par Li Xueying, The Straits Times – Asia, 29 avril 2015.

(10) Chan Kin-man, professeur de sociologie à l’Université de Hongkong, docteur de l’université de Yale aux Etats-Unis.
(11) Chu Yiu-ming, pasteur baptiste, fondateur de « Hongkong Human Rights » financé par le NED , président du « Kong democracy development network ».
(12) Des sondages révèlent l’importance du soutien des Hongkongais à l’opposition sur la réforme électorale et aux méthodes préconisées : d’avril 2013 à octobre 2013 environ 45 % des habitants seraient d’accord avec la revendication « démocratique » mais seulement 25 % soutiennent l’action pacifique d’OCLP dans cette même période. (Ming Pao soutient « Survey on CE election and OCLP campaign », 15 octobre 2013). « La société de Hongkong est profondément conservatrice, même les plus pauvres des prolétaires sont de droite. Ce qui est de “gauche” est associé au Parti communiste chinois. Les revendications qui peuvent apparaître parmi les prolétaires concernent les conditions de travail. Les étudiants ne sont nullement attirés par les problèmes sociaux. Ils veulent tout juste plus de “démocratie”, ce qui signifie plus de libéralisme mais pas plus d’égalité sociale. Il est difficile de trouver un soutien populaire, même pour les plus modestes revendications sociales. » (Entretien avec Joshua Wong, New Left Review, op. cit.)
(13) Le Democratic Party est un des principaux partis politiques de Hongkong œuvrant pour promouvoir un régime libéral « démocratique » et est un de principaux animateurs de l’opposition à Pékin. Son président Martin Lee (voir note 20) en fut un des fondateurs en 1994.

 

(14) Ces « jours de délibération » sont manifestement empruntés à Fishkin , un universitaire américain qui entend rénover le démocratie ( voir note 31).

(15) « Quand les protestations de masse ont débuté, la principale préoccupation des pro-démocrates a été d’empêcher qu’elles n’engendrent un mouvement plus large de protestation… Les leaders étudiants malgré leur attitude moins conciliante partageaient la même vision de classe. Ils limitaient étroitement leur revendication à la question de la nomination du chef de l’exécutif et ne lancèrent aucun appel concernant le mécontentement de l’ensemble des jeunes, et plus largement aucun appel à la classe ouvrière aux sujets du chômage, des inégalités sociales, du manque de logement et de l’emploi » (« Hong Kong police shut down protests », Peter Symonds, wsws.org, 2014.
(16) Tous les moyens classiques auraient été employés pour « faire nombre » tant pour les signatures que pour la participation au rassemblement : pressions diverses sur ceux dont le travail dépend des autorités, transports depuis des secteurs éloignés, y compris de la Chine voisine.

(17) « Hongkong plan power », Financial Times, 4-5 octobre 2014.

 

(18) « Occupy Central roils Hongkong markets », Hisatsugu Nagao, Nikkei Asian Review.
http://asia.nikkei.com/magazine/20140717-The-victor-s-dilemma/Politics-Economy/Occupy-Central-roils-Hong-Kong-markets

 

(19) Leung Chun-ying, chef actuel de l’exécutif de Hongkong, membre du bloc pro-Pékin, magnat de l’immobilier qui est resté lié avec Zhu Rongji qui fut premier ministre de la République populaire de Chine, antérieurement son associé dans les affaires immobilières et toujours en contact privé et professionnel avec lui. On nage en pleine corruption.

 

(20) Martin Lee, avocat, un des fondateur du « Democratic Party », proche du NED. Celui-ci sera rejoint quelques jours plus tard par le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, lui-même pro-démocrate opposant de longue date à Pékin.
(21) Financial Times, 9 octobre 2014. Ce texte est contradictoire avec ce titre du Monde du 30 septembre 2014 : « Insurrection pacifique de Hongkong contre Pékin ».

 

(22) « Hongkong ‘s umbrella evolution », David Pilling, Financial Times, 30 avril 2015.
(23) « Hongkong sticks to Pékin principles to elect chief official », Financial Times, 21 avril 2015.

(24) « Do Occupy protests hurt Hongkong’s economy » Global Risks insight », Nicolas Jenny, 28 novembre 2014.
(25) « Hongkong, police shut down protests », Peter Symonds, 12 décembre 2014.
(26)« Le mouvement Occupy se mondialise », David Gruber et Yuk Hui, Le Monde, 14 octobre 2014.

(27) « Les manifestations “mutantes” de Hongkong défient Pékin et l’exécutif local », Florence de Changy, Le Monde du 1er octobre 2014. Chen Yun-chung est professeur de sociologie à l’université baptiste de Hongkong après avoir reçu ses diplômes à Taiwan. Il intervient de différentes façons sur le terrain dans le mouvement « Occupy ».
(28) Sur le rôle qu’aurait pu jouer Facebook, voir « US military studied now to influence twitter users in DARPA (Defence Advanced Research Project Agency) », Ben Quinn et James Ball , The Guardian, 8 juillet 2014, et « Did Facebook manipulate Occupy Central’s participation ? » Apple Lam, Marketing, 10 octobre 2014.
(29) Voir Echanges n°136 : « Egypte une insurrection, pas une révolution », note p 13 – http://www.mondialisme.org/spip.php?article1652

(30) Peter Symonds, op.cit. Il est difficile de démêler le vrai du faux dans ce qui ressort d’une influence (ou plus) sur les événements de Hongkong, notamment dans les articles de Tony Cartalucci, un personnage sulfureux maniant la théorie du complot et qui, d’après certains ne serait qu’un nom collectif au service de la propagande chinoise. Voir « US Role in 0ccupy Central Exposed » et autres articles (www.mintpressnews.com). Aussi : « Is the US secretly egging on UK protesters ? » G. Washington ,10 octobre 2104. « So it is not beyond the realm of possibility that the USA (and the UK) egged on democracy protests in Hongkong in order to try to shake up the Chinese. » « Color revolution : Hongkong’s umbrella are made in USA », F.William Endahl, New Eastern Outlook, 24 octobre 2014.

 

(31) James Fishkin, professeur à l’université Stanford, directeur du Stanford Center for Deliberation Democracy auteur de Democracy and Deliberation, ouvrage prônant un « renouvellement » de la démocratie pour compenser la désaffection générale pour la politique.
(32) Le National Endowment for Democracy (NED) et sa filiale National Democratic Institute (NDI) sont des émanations du Congrès américain liées étroitement aux deux grand partis et ayant des antennes dans presque tous les pays du monde pour propager – au minimum – la culture politique américaine. Tout le clan politique autour de Benny Tai est étroitement lié à ces institutions et œuvre pour la « démocratie » à Hongkong au sein de différents organismes, un écheveau qu’il est difficile de démêler.

(33) Anson Chan fut, sous l’occupation britannique,  comme secrétaire d’Etat, le second responsable exécutif du territoire.
(34) « Sous le parapluie la place », Florence de Changy, Le Monde, 11 novembre 2014.
(35) « Hongkong sticks to Pékin principles to elect chief official », Financial Times, 21 avril 2015.
(36) Jimmy Lai Chee-ying, homme d’affaires, patron du groupe de presse Next Media, aux positions pro-démocrates et anti-Pékin affirmées.
(37) Kewin Len, journaliste pro-démocrate dont les enquêtes sur une mort suspecte et sur les placements étrangers de différents leaders du parti chinois lui ont valu d’être débarqué de ses fonctions en janvier 2014 et d’être agressé le 26 février suivant.