#balancetonboss

Toutes les tentatives de « normaliser» les rapports sociaux
ne changent pas fondamentalement une société dominée
par le capital et la recherche du profit dans l’exploitation
de la force de travail

«#balancetonporc», s’il a ouvert toutes grandes les portes jusqu’alors bien closes qui cachaient les abus sexuels masculins, n’a guère fait diminuer la domination sociale masculine et la misogynie.
Le mariage pour tous et ses accessoires éventuels n’ont guère fait diminuer l’homophobie en paroles et en actes.
Les lois réprimant l’antisémitisme en écrits, paroles et actes n’ont guère diminué l’antisémitisme sous toutes ses formes.
De même les lois réprimant le racisme n’ont guère fait réduire les discriminations raciales et autres propos ou agissements violents contre ceux qui sont « autres », à commencer contre les immigrés de tous bords.
Si l’on pouvait lancer « #balanceton boss », cela permettrait peut-être de mettre sur la place publique les faits et méfaits des dirigeants dans le quotidien de l’exploitation, depuis le contremaître jusqu’aux plus hauts échelons de la maîtrise. Mais celui ou celle qui se déciderait à une telle dénonciation publique de pratiques déstabilisantes, parfois sournoises et cruelles, risquerait gros car, comme d’ailleurs pour le harcèlement sexuel dans les relations de travail, mais plus encore dans ce cas, le licenciement ou autres sanctions pourraient venir de la haute autorité ­patronale.
Si cette autorité pouvait prendre le parti de la victime de harcèlement sexuel, la pratique d’une grande rigueur dans le travail, parfois jusqu’à l’épuisement physique et/ou nerveux, est presque une norme pour la « bonne marche de l’entreprise ».
Mais il ne faut pas trop se bercer d’illusions. Toutes ces tentatives de « normaliser » les rapports sociaux ne changent pas fondamentalement une société dominée par le capital et la recherche du profit dans l’exploitation de la force de travail. Si certains pays comme le nôtre, la France, peuvent se permettre une approche d’une telle « normalisation » (avec toutes les réserves que nous avons pu faire), celle-ci est toute relative dans d’autres pays d’Europe et bien loin d’être même seulement envisagée dans le monde entier, où la règle est souvent à son opposé : servitude totale de la femme, racisme, homophobie, antisémitisme, etc. sont souvent la loi commune et un des moyens de domination politique et sociale.
Le système capitaliste qui couvre le monde entier de ses tentacules s’en accommode fort bien au point que l’on peut dire que la « normalisation » des mœurs dans les pays « avancés » est payée par le maintien de toutes ces exclusions violentes diverses dans la plus grande partie du monde.

«#balancetonboss », même réussi, ne serait qu’un des éléments de la lutte de classe. Mais s’il prenait une dimension identique à « #balancetonporc », cela signerait le développement dans la sphère de l’exploitation d’une forme d’internationalisme spontané qui était déjà apparu dans des événements des dix dernières années, tels que le printemps arabe ou le mouvement « Occupy ». Il y a quelques décennies, l’internationalisme était encore porté par des partis politiques à vocation internationale, s’appuyant sur la lutte de classe : c’est ainsi que l’Histoire révèle des Première, Deuxième, Troisième et Quatrième Internationales, et même une Internationale situationniste. Aujourd’hui toutes ces Internationales, mis à part des morceaux de la Quatrième, ne sont plus que des vestiges d’un passé qui privilégiait des organisme centralisés dominés par un bureau politique, une sorte d’Etat-Major qui lancerait les troupes à l’assaut de la forteresse capitaliste. Bien peu, pour des raisons diverses, croient encore à un tel avenir privilégiant le combat des travailleurs contre le capital, et cela quelles que soient les perspectives offertes par des théoriciens politiques pour un monde communiste, une société sans exploitation de la force de travail.
Les nuisances du capital sont devenues si exponentielles que l’exploitation de la force de travail n’est plus qu’un chapitre dans la domination totale et illimitée du capital sur tout ce qui existe sur la terre, le minéral, le liquide, l’aérien et le cosmos, comme le vivant sous toutes leurs formes. Certaines de ces nuisances prennent une forme violente, hors de toute possibilité de contrôle et hors de toute capacité du système d’en réguler les causes que les autres luttes, notamment celles des travailleurs contre leur exploitation, ne se limitent plus qu’à l’aménagement d’un quotidien qui reste puissamment dominé par des forces sur lesquelles ils n’ont aucun ­pouvoir.
Cette situation a une conséquence : elle associe à l’échelle du monde, dans la même perception de perspectives d’un dangereux avenir, et forge ainsi une internationale de fait, indépendamment de toute organisation ou parti quelconques. C’est le sens de ces mouvement spontanés que l’on constate, parfois limités nationalement, parfois plus étendus internationalement avec des caractéristiques identiques. Ils disparaissent pour renaître ailleurs mais sous des formes identiques et « #balancetonporc », n’est que la dernière manifestation d’une forme nouvelle d’internationalisme, et sans doute pas la ­dernière.
Une telle situation n’est pas sans échapper aux dirigeants capitalistes. Les cercles des dirigeants capitalistes les plus puissants financièrement expriment une angoisse devant les conséquences de leur propre domination économique, devant le fossé grandissant des inégalités sociales et le profond mécontentement social que cela engendre dans tous les pays. Dans un entretien au Wall Street Journal, l’un des dirigeants du plus grand fonds d’investissement mondial constate que plus de 60 % de la population mondiale ne disposent d’aucune épargne, comptent un taux de mortalité beaucoup plus important que les autres 40 %, et savent que leurs enfants seront déclassés par rapport à leurs parents. Il voit en ceci une menace latente pour la stabilité du système…
La vaste opération menée pour sauver l’oligarchie financière globale des conséquences de ses propres divagations et lui assurer un accroissement des profits se fait sur le dos de la classe ouvrière. L’austérité, les baisses de salaires et l’accroissement de l’intensité du travail sont mis en œuvre pour abaisser le niveau de vie et les conditions sociales de la plus grande partie de la population L’intensité et l’efficacité de cette offensive de la classe dominante s’exprime dans la croissance constante de la valeur des actions.
H. S.