Les nouveaux barbares – Les bouleversements internes du capital : quelques exemples non limitatifs

Le 7 mai Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique du gouvernement Valls II, est élu président de la franchouillardise tricolore. Il ne se cache pas, comme ses prédécesseurs, de vouloir créer des emplois en liquidant plus d’emplois et de vouloir précariser le salariat pour créer des emplois avec des contrats de travail liés à la personne, en fait d’adapter les structures juridiques à la précarisation en cours.

Notre nouveau président fut l’initiateur de la libéralisation du transport routier en août 2015 : les « cars Macrons » devaient créer à terme 20 000 emplois, tout en transportant la jeunesse et les vieux indigents. Le résultat ne fut pas brillant puisque Mégabus a fait faillite en novembre 2016, licenciant 175 salariés.

Le nouveau président veut mettre le paquet avec « les barbares » sur la « destruction créatrice » que les nouvelles technologies devraient engendrer. Il a derrière lui une petite armée d’adeptes qui visent à monter des plates-formes numériques et « créer de la valeur avec rien ».

Ces plateformes ne sont pas créatrices de valeur au sens marxiste du terme, elles se présentent symboliquement comme une sangsue technologique sur leurs utilisateurs.

Comme les actifs financiers de ces platefor­mes ne valent rien, elles peuvent s’installer sans encombre dans les paradis fiscaux. Quand leurs actifs prennent de la valeur, ils sont hors d’atteinte et comme elles n’ont pas d’actionnaires c’est tout bénéfice pour elles, d’où des décollages boursiers spectaculaires pour ce capitalisme qui se développe en dehors des clous des réglementations établies. Les valeurs captées par ces nouveaux venus du xxie siècle sont concentrées dans les paradis fiscaux et dans la Silicon Valley. Leurs capacités à phagocyter l’économie productive de plus-value est telle que les géants du Web, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) auxquels s’ajoutent maintenant les NATU (Netflix, AirBnB, Twitter, Uber…) deviennent une menace interne au ­capital historique.

La numérisation a pour le moment fait sa principale pénétration dans le domaine des services, mais désormais, elle déborde et s’étend à des secteurs qui semblent plus difficiles à phagocyter du fait de barrières réglementaires, que les Barbares veulent soumettre (voir le cycle de conférences « Les Barbares attaquent » http://barbares.thefamily.co/), et agissent pour que tous les secteurs passent sous les fourches caudines et monopolistes des GAFA.

La numérisation de l’industrie n’est pas une évidence

La grande crainte des industriels est de voir s’introduire les trublions de la Silicon Valley dans le partage des profits. En effet il suffit de voir comment le phénomène des « plateformes » (1) est devenu une véritable sangsue sur certaines professions. Les plus marquantes concernent l’industrie touristique et plus particulièrement l’hôtellerie et la concurrence déloyale d’Uber. En tant qu’intermédiaire, la plateforme s’impose comme une infrastructure indispensable visant une position monopolistique. Il y a une résistance assez globale à l’expansion des plateformes, les procès sont nombreux (2) et des luttes dans les rues se manifestent, les taxis contre Uber… mais aussi l’industrie hôtelière qui s’est rendu compte de l’inconvénient de transférer de plus en plus ses activités sur Internet. Il en est de même pour les banques et assurances.

Il a été effectivement aisé pour les GAFA de gagner leurs procès contre les hôteliers et autres, mais dès qu’ils se sont attaqué aux banques et assurances le vent a tourné.

« Plus important encore : Google n’a pas réussi à convaincre les grands assureurs et les grandes banques de participer au projet, ceux-ci n’ayant aucune envie de partager leurs profits avec les champions de la Silicon Valley. Les internautes ne pouvaient donc comparer les prix que de petits acteurs. Les banques et assureurs étant de gros annonceurs sur Google, celui-ci n’a pas forcément voulu prendre le risque de les froisser avec ce nouveau service. »
(https://www.lesechos.fr/24/02/2016/)

Contrairement à la France, l’Allemagne la championne des biens d’équipements et de l’industrie mécanique se tenait à l’écart de la dite « révolution 4.0 » et même la négligeait. Seulement la numérisation tout comme l’informatisation ne connaissent pas de frontières, elles pénètrent partout dans la société civile et même sur les êtres vivants l’homme compris.

Malgré leur réticence, les industriels allemands se trouvent contraints bon gré mal gré d’entrer dans la danse de l’innovation numérique. Une des caractéristiques de ses innovations est la mise en réseau de tous les éléments du processus de production afin de construire l’usine ultraconnectée du futur. Autrement dit, l’industrie 4.0 reposerait sur l’interconnexion de machines intégrées dans un univers éclaté, parcellisé mais globalisé dit système Cyber physique (3) qui impose d’avoir une approche globale et transversale des différents domaines techniques. Une sorte d’architecture toile d’araignée s’autorégulant à l’échelle mondiale. Les machines, les pièces usinées ayant la capacité d’interagir et de se reconnaître mutuellement par pilotage intégré. Une superstructure gigantesque dite « système productif cyber-physique » qui agit mondialement par le truchement des communications radio, l’emploi de capteurs, de puces RFID…

Les entraves au Cyber-physique.

Les industriels allemands craignent d’être phagocytés :

« Néanmoins la vraie menace, l’épouvantail de chaque manifestation Industrie 4.0 en Allemagne reste Google, présenté comme le concurrent n°1. Les industriels allemands craignent qu’à l’aune d’autres secteurs comme l’édition ou l’hôtellerie, les géants de l’Internet n’imposent une relation exclusive avec le client final. Détenant l’accès aux données d’usage et des ­interfaces guidant le choix des consommateurs, ils seraient alors en position de force pour capter une part importante de la marge, quand ils ne chercheraient pas directement à concurrencer les industriels, à l’image de la voiture autonome. »

(La Numérisation de l’industrie dans les entreprises du Mittelstand allemand, étude de BPI France)

Récemment le constructeur automobile Porsche a pris les devants :
« Selon Lutz Meschke, l’essor de l’autopartage et des services de type VTC (voiture de transport avec chauffeur) devrait à terme, d’ici sept à dix ans, rendre l’utilisation à temps partagé d’une voiture “aussi commode que le fait d’en posséder une”. Une tendance qui d’après lui devrait impacter le volume des ventes de véhicules neufs. »

Plus récemment nous apprenons que des patrons viennent de saisir la commission européenne sur le sujet.

Le 5 mai 2017, « ce sont quelques-unes des plus belles réussites de la tech européenne qui ont pris la plume : les emblématiques licornes Deezer et Spotify, l’investisseur allemand Rocket Internet, mais aussi LeKiosk, Qobuz… Dix patrons qui, dans un courrier adressé à à la Commission européenne et que Les Echos ont pu lire, dénoncent les pratiques des plateformes en ligne. Sans jamais nommer explicitement Google et Apple, ils appellent l’exécutif européen à sévir contre les Gafa. (Les Echos)

L’Europe des 15 ou des 27 n’est pas une entité fiable et solide et Mitterrand en avait conscience, il avait surtout conscience du poids de l’administration américaine sur l’Europe, tant sur son économie que sur ses capacités militaires. Dans ces circonstances il serait bien étonnant que l’UE s’attaque aux GAFA (un des objectifs d’Emmanuel Macron). La puissance de corruption des GAFA est à la hauteur de sa puissance financière et monopoliste ; ils sont élevés au rang d’une puissance diplomatique : le Danemark vient de nommer un ambassadeur auprès des GAFA.

L’Irlande et le Luxembourg sont les repaires fiscaux de ces nouveaux pirates, Apple y est installé ainsi que Google et Facebook, Amazon est domiciliée au Luxembourg.

Le 4 février 2016 la valorisation de ces GAFA était de 1 650 milliards de dollars

A titre de comparaison, leur valorisation est à peu près égale au PIB de la France, 6e puissance mondiale derrière le Royaume-Uni.

Les médias ne cessent de dénoncer, les GAFA et les tribunaux européens d’exiger, de Google et Apple des milliards d’arriérés d’impôts, rien n’y fait et la pieuvre continue d’étendre ses tentacules.

Ce texte vise essentiellement à attirer l’attention des camarades sur les contradictions du capital et l’influence des nouvelles technologies sur le monde du travail. A terme, les réformes visant les codes du travail, les retraites, l’achèvement de ce qui reste de l’Etat providence et la préparation à une gestion généralisée de la précarisation-paupérisation desdites classes moyennes, d’où une mutualisation dite universelle, des revenus, des ­retraites…

G. Bad mai 2017

(1) Qu’est-ce qu’une plateforme ? « Il s’agit, sur le plan général, d’une infrastructure numérique permettant l’interaction entre deux ou plusieurs groupes d’utilisateurs ». Elle se positionne comme intermédiaire rassemblant des utilisateurs différents : clients, publicitaires, prestataires de services, producteurs, fournisseurs, voire objets physiques.
(2) Saisi par Uber, le Tribunal des affaires de sécurité sociale a annulé pour vice de forme le redressement de cotisations de 5 millions d’euros et la requalification des chauffeurs en salariés que réclamait l’Urssaf (qui fait appel).
(3) Selon la définition de la Plateforme Industrie 4.0, « les systèmes cyber-physiques (SCP) regroupent des systèmes embarqués qui utilisent des capteurs pour récupérer des données et qui agissent sur des processus physiques au moyen d’actionneurs. Ils sont connectés les uns aux autres via des réseaux digitaux, utilisent toutes données et services disponibles mondialement et bénéficient d’interfaces hommes-machines multimodales. »