Correspondance : à propos du GCI et de la revue « Communisme »

De info@gci-icg.org (12 juil. 2016)
Aux camarades et lecteurs d’Echanges.

A l’occasion de l’envoi de notre dernière revue Communisme en français (n°67, « Contre la démocratie et les guerres impérialistes »), une mise au point nous semble nécessaire dans vos pages, dont nous sommes par ailleurs des lecteurs intéressés et attentifs.
Notre précédente revue en français (Communisme n°66, « Le léninisme contre la révolution », 2e partie) avait été chroniquée plutôt favorablement dans votre n° 150 de l’hiver 2014-2015 (p.65). Dans la même rubrique « Dans les publications/théorie » toutefois, un sort nettement moins enviable était réservé à notre revue en espagnol Comunismo n° 64 («  Comunidad de lucha y partido »). Le titre même de la chronique, « Programmatisme » (p. 67), dénotait déjà une pensée par cases idéologiques qui ne laissait rien présager de très glorieux. En matières de cases, nous avons l’habitude, depuis les débuts de notre groupe, d’être rangés parmi les « constructeurs de parti » par les adeptes de l’anarchisme ou du conseillisme, et d’être considérés comme « anarchistes » et « anti-parti » par les adeptes du léninisme, sous ses diverses variantes. Inévitablement, les ruptures historiques avec la social-démocratie, constitutives de notre petit groupe, sont souvent lues à travers les catégories et représentations social-démocrates que nous critiquons, et ce sur tous les aspects centraux de la lutte révolutionnaire, tels que nous essayons de les synthétiser au fil des années dans nos revues (sur les classes, le parti, la communauté de lutte, l’insurrection, l’attaque de la valorisation capitaliste, le communisme, sans même parler de la « diabolique » dictature du ­prolétariat).
La chronique d’Echanges sur notre contribution (en espagnol, jusqu’à présent) au sujet de la communauté de lutte et du parti relève malheureusement de ce travers interprétatif déformant. Elle nous prête en effet de confondre (ou de vouloir concilier) « autonomie organisationnelle de la classe ouvrière » et « soumission de la classe ouvrière à une élite organisée par un parti-je-sais-tout » (sic), le tout dans « le jargon bordiguiste, ce superléninisme » (encore une petite case commode pour nous ranger vite fait, c’est un classique). Enfin, « in cauda venenum » : « Les fractions nationales du GCI ont semble-t-il des difficultés à évoluer au même rythme », et ça c’est le pompon. Qu’une revue comme la vôtre qui n’enferme justement pas les luttes dans les frontières nationales puisse prétendre que notre activité internationaliste (en différentes langues) serait l’œuvre de « fractions nationales  », voilà qui ne relève pas seulement d’une méconnaissance de nos publications (pourtant suivies dans votre revue) mais aussi d’une désinvolture ostensiblement ­dénigrante.
Rappelons que notre critique du léninisme (parue en français en 2012 et 2014) dont Echanges attribue le contenu à l’une de nos «  fractions nationales » (française ? francophone ?) avait en fait d’abord été publiée… en espagnol (en 2006 et 2007). Quant à notre texte sur la communauté de lutte et le parti, texte interne à l’origine, discuté dans plusieurs langues, son contenu n’est en rien en porte-à-faux avec notre critique radicale de la conception social-démocrate et léniniste du parti. Ce texte ne manquera d’ailleurs pas d’être également publié dans l’une de nos prochaines revues en français.
Si la formulation de nos positions et analyses peut parfois connaître des adaptations formelles (dans le sens de la renforcer, visons-nous) d’une publication et d’une langue à l’autre, au gré aussi des clarifications suscitées par les échanges autour de nos revues, elles n’en demeurent pas moins, avant tout, les expressions d’une même activité, d’un même contenu. Nous prêter des clivages politiques (et des « évolutions » politiques divergentes) à base linguistique, cristallisés en prétendues « fractions nationales », est un bien étrange et pas très scrupuleux procès de votre part.
En vous remerciant d’avoir publié cette mise au point, avec nos salutations révolutionnaires,
le Groupe Communiste Internationaliste (à l’unanimité de ses diverses fractions apatrides !).

Réponse (8 août 2016)
J’ai recensé deux publications du Groupe communiste internationaliste (GCI) : le n° 66 (octobre 2014) de Communisme et le n° 64 (décembre 2014) de Comunismo, dans le n° 150 (hiver 2014-2015) d’Echanges, p. 67-68.
Le GCI s’élève contre le compte rendu de lecture de Comunismo. Ses reproches portent principalement sur une « pensée par cases idéologiques » (le titre est du camarade qui met en pages) et une « désinvolture ostensiblement dénigrante » parce que j’aurais prétendu que l’activité internationaliste du GCI serait l’œuvre de fractions nationales.
Ni moi, ni notre groupe Echanges ne pratiquons le dénigrement des autres groupes ; ne sommes-nous pas une des seules publications en français qui rend compte d’un large éventail de revues francophones et étrangères ? Par essence, nous essayons dans la mesure de nos moyens de donner la plus grande publicité possible aux luttes des classes laborieuses dans le monde et accessoirement aux groupes qui suivent le même but que nous par d’autres chemins. Personnellement, dans mes critiques je ne prononce pas d’arrêts. Tout comme les autres membres d’Echanges, je recherche la discussion utile.
Il est faux, ainsi qu’on l’a souvent reproché à Echanges, de croire que notre activité théorique (qui n’est pas du conseillisme) se limiterait à enregistrer les luttes ou les articles que nous recensons. Nous donnons évidemment notre opinion, com­me chaque groupe le fait même s’il n’en a pas conscience.
L’internationalisme que le GCI revendique hautement n’est-il pas constitué de fractionnements par nations ? Le terme « international » le dit sans fard. Le GCI n’écrit-il pas que « la formulation de nos positions et analyses peut parfois connaître des adaptations formelles (…) d’une publication et d’une langue à l’autre  » ? « Dans le sens de la renforcer » qui vient entre parenthèses n’empêche : les frontières existent depuis plusieurs siècles et des façons d’être et d’agir se sont créées dans leur intérieur. Cela n’empêche pas l’internationalisme mais le rend un peu plus complexe que ne le voudraient certains européo-centristes et même des prêcheurs de quelques pays européens soi-disant plus avancés que d’autres.
Seul un parti monolithique peut prétendre à ce que tous ses membres soient taillés dans un moule identique. Ce qui nous ramène à Lénine qui écrivait, dans Que faire ?, que les ouvriers sont des crétins qu’une avant-garde intellectuelle social-démocrate (le mot n’avait pas encore acquis son statut d’injure suprême en 1901-1902) organisée en parti devait mener au combat. En définitive, le léninisme se résume à cela. Il n’y a rien d’autre dans les écrits de Lénine. Aucune avancée théorique ; une pratique du coup d’Etat par le nivellement, une manière de conserver le pouvoir en maintenant les humains en troupeaux. La soumission du plus grand nombre érigée en vertu. Les masses jouent un rôle considérable dans les sociétés depuis l’avènement des révolutions bourgeoises et de la démocratie représentative. Le léninisme a réglé la question de l’action largement inconsciente des masses et de l’activité peu ou prou consciente des individus par une profession de foi dans la suprématie de la conscience de quelques individus se substituant à la classe ouvrière, contre elle.
On a vu ce que la mise en commun des moyens de production, en fait leur appropriation par l’Etat, et la pénalisation de la vie quotidienne, que recouvre le terme de communisme, ont fait des travailleurs.
Ma note sur Comunismo signalait simplement que la rupture théorique avec le léninisme qu’annnonçaient les textes parus dans les nos 64 (décembre 2012) et 66 de la revue en français me semblait ne pas s’accompagner d’une rupture similaire dans la pratique du GCI. Le courrier du GCI ne répond pas à cette question qui était au centre de ma recension. La discussion reste ouverte entre tenants d’une organisation des travailleurs et tenants d’une organisation séparée de la classe.
J.-P. V.

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