Note de lecture – Etre Palestinien en Israël, de Ben White

Ce texte est paru dans Echanges n° 153 (automne 2015 – http://www.mondialisme.org/spip.php?article2459).

Etre Palestinien en Israël
Ben White
Editions de la Guillotine 2015,
157 pages avec cartes, graphiques, photos, notes, bibliographie, index.

Dans ce texte, « arabe » est utilisé pour désigner les populations palestiniennes arabes qui vivent dans l’Etat d’Israël dont elles ont la nationalité. Le livre de Ben White utilise le terme Palestinien, aussi avons-nous gardé ce terme dans les citations.
Ce livre comble un certain vide sur le sujet, bien que la situation des Palestiniens fasse régulièrement la une de l’actualité, bien qu’on connaisse ce qui se passe en Israël, surtout les exactions contre les « territoires occupés ».
Mais ce petit livre écrit par un journaliste anglais (Palestinians in Israël a été publié en 2011) rassemble des informations dispersées, en partant de la création de l’Etat d’Israël en 1948 jusqu’à aujourd’hui et parle donc de la situation des « Arabes israéliens », ceux qui sont restés sur le territoire de l’Etat d’Israël en 1948 et ont de ce fait la nationalité israélienne.
Depuis sa création Israël s’est comporté en colonisateur (et déjà avant lui les Juifs « revenus » en Palestine depuis l’invention du sionisme), expulsant de leurs terres les Palestiniens qui y habitaient et rasant leurs villages.
Cette histoire nous renvoie à une autre, celle de la colonisation américaine détruisant les communautés indiennes. Tout cela au nom de la Démocratie.
Pourquoi Israël revêt-il une telle importance, toujours aujourd’hui ? « C’est qu’il y a là, au-delà des enjeux politico-stratégiques du contrôle du Moyen-Orient, un symbole de la “démocratie”. Israël est décrit comme “la seule démocratie au Moyen-Orient”, ce qui passe toujours pour une évidence en Occident. » Dès 1896, Herzl, père du sionisme politique, écrivait qu’un Etat juif en Palestine serait un « avant-poste de la civilisation contre la barbarie ».
Au-delà de la situation des Palestiniens, c’est la question de la naissance d’une nation qui peut se lire entre les lignes, de la naissance d’un Etat et de sa nature coloniale.
Un rappel dans l’introduction : les Arabes d’Israël, c’est environ 20 % de la population qui subissent une situation d’apartheid et sont des citoyens de seconde zone, dont les droits sont bafoués. Beaucoup vivent dans des conditions déplorables, sans eau, sans électricité, sans hygiène en Israël même, avec leurs maisons pouvant être détruites du jour au lendemain.
Ce qui fait la force de ce petit livre c’est son approche non idéologique, se basant essentiellement sur les faits, sur des extraits de discours d’hommes politiques ou religieux, sur des textes de lois, des décrets, de 1900 à aujourd’hui. Discours et textes qui sont tous plus parlants les uns que les autres et sont en eux-mêmes édifiants et se passent de commentaires.
Le chapitre 1 examine la situation juridique des Juifs et des Arabes en Israël.
Des textes de lois disent en quoi l’Etat juif est un Etat d’exception, qui continue d’être sous l’état d’urgence instauré en 1948 et permettant toutes les exactions, est un Etat « qui a intégré des éléments théocratiques dans sa vie quotidienne (…) impliquant une discrimination gouvernementale et juridique à l’encontre des citoyens palestiniens comme des juifs non orthodoxes ». Le livre analyse le rôle des institutions sionistes, telles l’Agence juive ou l’Organisation sioniste mondiale, qui continuent d’être importantes dans le fonctionnement de l’Etat qui perpétue la ségrégation ethnique. Donnons un exemple parlant : en 2002 Ariel Sharon à la Knesset : « Les citoyens arabes ont “des droits dans le pays” mais “tous les droits sur la terre d’Israël sont ceux des juifs”. »
Le chapitre 2 analyse les politiques officielles de ségrégation et le régime de privilèges ethno-religieux. « En Israël, le phénomène des “villages non reconnus” représente parfaitement la manière dont les citoyens palestiniens sont, de différentes manières, “rayés de la carte”. A travers le pays, mais principalement dans le Néguev, environ 90 000 citoyens palestiniens vivent dans 40 villages non reconnus, que l’Etat refuse de légaliser et dont les habitants “manquent de sécurité foncière et de services publics” (p. 64). » Ce qui facilite ensuite la destruction de ces mêmes villages. Environ un citoyen arabe sur quatre est un « présent-absent » (ou déplacé interne) dont les biens et les terres ont été confisqués par l’Etat. Deux lois votées par la Knesset en 1950, la loi sur le retour et la loi sur les biens des absents sont fondatrices du fonctionnement pratique d’Israël. La loi sur le retour fut plus tard renforcée par la loi sur la citoyenneté de 1952 qui accorde la nationalité juive aux Juifs effectuant un « retour » (« Alya ») en Israël, mais constitua aussi en même temps une assise juridique du nettoyage ethnique de la Palestine en « dénationalisant » d’un seul coup des centaines de milliers de réfugiés palestiniens qui vivaient dans des camps au-delà de la frontière. Autrement dit, les plus de 700 000 Arabes expulsés par Israël puis empêchés par la violence de revenir étaient délibérément exclus.
Le chapitre 3 montre comment la peur d’une « menace démographique » guide la politique d’Israël de développement de nouvelles colonies pour la « judaïsation de la Galilée et du Néguev ». « Ainsi, Benjamin Netanyahou, alors ministre des Finances, a déclaré en 2003 que les citoyens palestiniens constituent le vrai “problème démographique”. »
Le chapitre 4 aborde les différents aspects de la discrimination systématique vis-à-vis des Arabes, affectant tous les aspects de la vie ordinaire : pauvreté, chômage, discrimination à l’embauche, à l’éducation, en matière de santé et d’attribution d’allocations diverses.
Le chapitre 5 aborde la criminalisation de la contestation. Dès 1948 les Arabes d’Israël sont maintenus sous la loi martiale, héritage de la domination anglaise. Le régime de la loi martiale n’a été aboli officiellement qu’en 1966.
Un livre qui ne rend pas particulièrement optimiste, mais qui est indispensable pour la compréhension du problème.
A. S.
Octobre 2015