Le développement durable de la crise

Le mouvement gréviste en France ( mars 2009).

Après l’ annonce de plus de 137 plans sociaux, une poussée de 454 000 demandeurs d’emploi. On pouvait s’attendre à une réplique sociale plus radicale, mais nous assistons à un lent réveil d’un prolétariat encore engourdi par des années d’intoxication bourgeoise et de société de consommation à crédit. Un prolétariat qui depuis des décennies n’est pas parvenu ne serait ce qu’à défendre ses acquis de la lutte de classe de 1936 et 1968.

Il commence seulement à se rendre compte que la concurrence internationale que se mènent les capitalistes se retourne contre lui, que le protectionnisme tant vanté par les « fabriquons français » a pour corollaire la baisse du coût du travail, c’est à dire, la baisse des salaires, l’ augmentation du temps de travail , de la productivité , car il faut concurrencer « le chinois » ,« l’ indien », le « brésilien »…. . Mais quand le prolétaire aura accepté ( pour sauver son emploi) la baisse des salaires, l’ augmentation du temps de travail, la hausse de la productivité, la flexibilité, la mobilité, la flexisécurité, les huissiers et les forces de l’ordre il n’ aura pas pour autant évité son licenciement et la longue galère dans le couloir de la mort « de la formation tout au long de la vie ».

Alors rendu à l’ évidence , que le capitalisme n’ a plus rien à offrir, même pas l’ exploitation, sa colère explose, mais il est déjà trop tard, l’entreprise ferme ses portes et alors les prolétaires sont réduits à lutter pour de « bonnes » conditions de licenciement1 et de reconversion. Ils réclament d’autant plus de fric qu’ils savent qu’ils ne retrouveront pas rapidement du travail, qu’ils ont des traites à payer pour ne pas se retrouver à la rue. C ‘est ce qui se passe actuellement dans certaines d’entreprises , comme par exemple:

Chez l’équipementier automobile Plastic Omnium ( Seine – Maritime) où les ouvriers ont fait grève durant un peu plus de quinze jours. Leur mouvement ayant entraîné l’arrêt des livraisons de pare-chocs à l’usine Renault de Sandouville et sa paralysie. Les grévistes ont obtenu la « satisfaction » d’ être virés avec plus de tune.

A Montataire (Oise), les ouvriers d’Akzo Nobel Nippon Paint ont maintenu jour et nuit, pendant une semaine, un piquet de grève à l’entrée de leur usine – qui va prochainement fermer. Ils ont bloqué des camions et l’activité d’un autre site mitoyen qui a été perturbée. Les deux parties ont réussi à s’entendre sur les « incitations financières ».

Alors on occupe l’ usine, on séquestre patron ou haut cadre 2, on menace de faire sauter l’ usine comme à Cellatex ( 2000) et Moulinex (2001)3, Nous avons même vu à Lyon les bureaux de Royal Bank of Scotland (RBS), envahis et occupés par une quarantaine d’ouvriers de L’équipementier automobile Preciturn à Thiers (Puy-de-Dôme) , pour que la banque restitue 200 000 euros nécessaires pour relancer la fabrication, 133 salariés de l’usine sont menacés de perte d’ emploi.

Mais le système reste en place et reproduit inlassablement sur toute la planète les mêmes effets.

Quelques fois, on prend conscience qu’il faut créer un rapport de force plus général, ce fut le cas à la Guadeloupe où le mouvement de masse à fait plier Sarkosy, l’homme qui ne devait pas céder à la rue.

Cette victoire, inspire aujourd’hui le mouvement social de l’ hexagone, où l’ on espère une grève générale. Ce n’est pas tant, les manifestations du 19 mars ( manifs test pour la bourgeoisie) qui sont redoutées, ce sont les initiatives montantes qui échappent au contrôle des syndicats de même que celles dans les universités. L’ exemple des prolétaires de Continental, qui ont choisi de manifester devant les autres usines pour attirer d’ autres travailleurs dans la grève, est à ce titre exemplaire et fut un succès 10 000 dans les rue de Compiègne, du jamais vu. D’ autres ne désarment pas comme l’ entreprise Amora-Maille de (Dijon) et celle ( Appoigny) sont toujours occupées. A Marseille, les CRS ont délogé les salariés de l’UNM (Union Naval Marseille) qui occupaient depuis samedi le ferry Girolata dans le port de Marseille, contre sa Liquidation judiciaire , Dans le pas de Calais , l’équipementier automobile Faurecia a confirmé la fermeture, en août 2010. Des le lendemain de l’ annonce, c’est à dire le 6 mars la grève s’est installée dans cette usine qui fabrique des équipements pour Toyota, entraînant le blocage de la production : Toyota à l’usine d’Onnaing, Renault sur le site de Maubeuge et Volvo sur celui de Gand (Belgique).

Dans certaines villes comme par exemple à Villemur-sur-Tarn., le groupe américain de connectique automobile Molex vient d’annoncer la fermeture du site, pour juin 2009, un coup dur pour toute l’ économie locale.

Et ce n’ est pas la tournée des grands ducs , comme Sarkosy à Grandange Mittal ( se souvenir des promesses du maintien du site) où des Ségolène Royale et Christine Lagarde ( pour Heuliez) qui changera grand chose à la crise de surproduction mondiale.

Le capitalisme entre dans une crise durable et n’a plus rien à vendre , il est dans la situation où il va devoir assister des millions de précaires en surnombre qui viennent de tous les horizons pour se vendre au plus bas prix au lieu de se faire enrichir par eux. Il doit mettre en place, tout un système d’ expulsion , et faire la chasse aux « illégaux ». Il ne cesse d’attaquer les conditions de survie des familles, en procédant de plus en plus aux expulsions locatives ( voir ci-dessous).

Le tissu social, de la société capitaliste se délite de toute part, plus assez de médecins, plus moyen de se faire soigner correctement, l’ incurie sanitaire n’est plus à démontrer. Tout le système de l’ éducation est lui aussi en branle bas de combat , les universités sont en mouvement depuis deux mois contre les réformes et la suppression de 13 500 postes. Les futurs retraités , se demandent si l’ AGFF sera reconduite dans deux ans et combien pourront encore prendre le «dernier métro » d’une retraite en voie d’extinction. La jeunesse est de plus en plus ciblée comme dangereuse , contrôles incessants, présence policière. La grande majorité est , même diplômée, est en situation d’échec vis à vis de son avenir, même le permis de conduire souvent indispensable pour trouver un emploi , est de plus en plus coûteux et difficile à obtenir, malgré les effets d’annonce de Sarkosy.

G.B. Le 28 mars 2009

Notes

1Mais tous les salariés ne parviennent pas à créer un rapport de force suffisant, pour un petite rallonge . C ‘est souvent le « parachute doré « des conventions collectives qui s’applique, comme à MBO, un prestataire de services de l’industrie pharmaceutique, dont la défaillance, à la fin 2008, laisse sur le carreau environ 1 300 personnes,

2Comme récemment au 3M à Pithivier ( Loiret)

3 En 2001 ,150 salariés du site de Cormelles-le-Royal (Calvados) de Moulinex incendiaient, un bâtiment de l’usine et menaçaient de faire exploser le reste. Comme les ouvriers de Cellatex, à l’été 2000.