Sur quelques débats théoriques dans Syriza qui furent rapidement mis de côté

La minorité communiste anti-Etat d’Europe et d’ailleurs qui s’intéresse toujours à des questions comme la communisation, l’Etat capitaliste et la théorie de la valeur pourrait être intéressée de savoir qu’un des principaux architectes des programmes de Syriza (http://www.echangesetmouvement.fr/2015/07/syriza-et-sa-v…tions-en-grece/) et un des membres de l’équipe menant les négociations avec le reste des Etats membres de l’UE était, il y a quelques années, le principal théoricien de la fraction althussérienne de Syriza et un des critiques principaux de la théorie gramscienne de l’Etat et de la théorie ricardienne de la valeur.
On trouvera ici des citations de ses textes.
C’est le « tri » parlementaire des différentes pratiques de classe (non seulement les pratiques de la bourgeoisie et de ses alliés mais aussi celles de la classe ouvrière et de ses alliés) qui rendent leur « représentation » possible au sein de l’Etat, ce qui rend possible leur soumission à l’intérêt général du capital… Ce n’est pas un parti particulier mais tout le système parlementaire qui lie les basses classes à la « classe politique » de la domination capitaliste. Ce n’est pas un parti particulier mais l’Etat capitaliste comme un tout qui constitue le parti « réel », la représentation « réelle » du capital, le concentré politique de la domination capitaliste. C’est pourquoi, depuis l’époque de Marx, toutes les « visions » et les tentatives des véhicules politiques réformistes de « conquérir » et de socialiser l’Etat se sont terminées par la nationalisation des visionnaires et des réveils douloureux (1).
L’économie politique classique était une théorie de la valeur intégrant le travail et une théorie de l’exploitation des travailleurs salariés par les classes possédantes. Les principaux courants du marxisme adoptèrent cette théorie classique de la valeur et de l’exploitation en éliminant la critique que Marx en avait faite. Cette mutation théorique est étroitement liée à la mutation idéologique et politique de la Gauche d’un mouvement de contestation radicale vers un pouvoir de gestion et de réformes du système capitaliste… Dans sa vision «  onservatrice » cette problématique soulève des questions comme le salaire «juste » d’un travailleur, des « conditions dignes de vie », d’augmentation des salaires en relation avec la productivité du travail, etc., en d’autres termes les revendications immédiates des travailleurs lors de leur conflits avec le capital sont élevées au rang « d’idéal social », les formes des rapports capitalistes de pouvoir sont pris comme un « fait nécessaire ». Dans sa version « radicale » cette théorie classique de la valeur et de l’exploitation envisage un « capitalisme sans capitalistes privés » : la « socialisation », c’est-à-dire la propriété publique des moyens de production, va main dans la main avec le maintien de toutes les formes de l’économie capitaliste et l’Etat capitaliste… La transition du capitalisme au communisme se rattache à l’abolition de la valeur c’est-à-dire de l’argent et de la marchandise et à la forme de l’entreprise (2).
C’en est assez Dr Milios.  Merci pour cette excellente critique de la politique réformiste. Mais qu’est-ce que cette compréhension peut bien avoir avec le programme de Syriza ? Absolument rien. Le problème de la déconnexion entre la théorie et la pratique est bien connu dans le mouvement révolutionnaire même depuis la social-démocratie allemande. Il y a des décennies, Paul Mattick avait critiqué Kautsky pour son incapacité à imaginer qu’une théorie marxiste devait s’accompagner d’une pratique marxiste adéquate. Dès lors, sa compréhension de ce que pour Marx « la valeur constitue une catégorie strictement historique et qu’apparue avec la production capitaliste elle était appelée à disparaître avec elle (3) ».
Avec l’académisation et la professionnalisation de la théorie marxiste dans les dernières décennies, les choses ont encore empiré. Dans les meetings politiques, les conférences, les groupes de lecture, les rencontres internationales, les journalistes, etc. où viennent constamment des centaines de gauchistes, on s’étonne la plupart du temps de se poser la question de savoir si c’est un véritable intérêt pour une politique anticapitaliste qui les amène là, ou si cette implication n’est pas uniquement pour eux un pas nécessaire pour faire carrière dans une profession que l’Etat leur garantit, une entreprise capitaliste ou un parti réformiste.

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