Sur quelques débats théoriques dans Syriza qui furent rapidement mis de côté

La minorité communiste anti-Etat d’Europe et d’ailleurs qui s’intéresse toujours à des questions comme la communisation, l’Etat capitaliste et la théorie de la valeur pourrait être intéressée de savoir qu’un des principaux architectes des programmes de Syriza (http://www.echangesetmouvement.fr/2015/07/syriza-et-sa-v…tions-en-grece/) et un des membres de l’équipe menant les négociations avec le reste des Etats membres de l’UE était, il y a quelques années, le principal théoricien de la fraction althussérienne de Syriza et un des critiques principaux de la théorie gramscienne de l’Etat et de la théorie ricardienne de la valeur.
On trouvera ici des citations de ses textes :

 
C’est le « tri » parlementaire des différentes pratiques de classe (non seulement les pratiques de la bourgeoisie et de ses alliés mais aussi celles de la classe ouvrière et de ses alliés) qui rendent leur « représentation » possible au sein de l’Etat, ce qui rend possible leur soumission à l’intérêt général du capital… Ce n’est pas un parti particulier mais tout le système parlementaire qui lie les basses classes à la « classe politique » de la domination capitaliste. Ce n’est pas un parti particulier mais l’Etat capitaliste comme un tout qui constitue le parti « réel », la représentation « réelle » du capital, le concentré politique de la domination capitaliste. C’est pourquoi, depuis l’époque de Marx, toutes les « visions » et les tentatives des véhicules politiques réformistes de « conquérir » et de socialiser l’Etat se sont terminées par la nationalisation des visionnaires et des réveils douloureux (1).
L’économie politique classique était une théorie de la valeur intégrant le travail et une théorie de l’exploitation des travailleurs salariés par les classes possédantes. Les principaux courants du marxisme adoptèrent cette théorie classique de la valeur et de l’exploitation en éliminant la critique que Marx en avait faite. Cette mutation théorique est étroitement liée à la mutation idéologique et politique de la Gauche d’un mouvement de contestation radicale vers un pouvoir de gestion et de réformes du système capitaliste… Dans sa vision «  onservatrice » cette problématique soulève des questions comme le salaire «juste » d’un travailleur, des « conditions dignes de vie », d’augmentation des salaires en relation avec la productivité du travail, etc., en d’autres termes les revendications immédiates des travailleurs lors de leur conflits avec le capital sont élevées au rang « d’idéal social », les formes des rapports capitalistes de pouvoir sont pris comme un « fait nécessaire ». Dans sa version « radicale » cette théorie classique de la valeur et de l’exploitation envisage un « capitalisme sans capitalistes privés » : la « socialisation », c’est-à-dire la propriété publique des moyens de production, va main dans la main avec le maintien de toutes les formes de l’économie capitaliste et l’Etat capitaliste… La transition du capitalisme au communisme se rattache à l’abolition de la valeur c’est-à-dire de l’argent et de la marchandise et à la forme de l’entreprise (2).
C’en est assez Dr Milios.  Merci pour cette excellente critique de la politique réformiste. Mais qu’est-ce que cette compréhension peut bien avoir avec le programme de Syriza ? Absolument rien. Le problème de la déconnexion entre la théorie et la pratique est bien connu dans le mouvement révolutionnaire même depuis la social-démocratie allemande. Il y a des décennies, Paul Mattick avait critiqué Kautsky pour son incapacité à imaginer qu’une théorie marxiste devait s’accompagner d’une pratique marxiste adéquate. Dès lors, sa compréhension de ce que pour Marx « la valeur constitue une catégorie strictement historique et qu’apparue avec la production capitaliste elle était appelée à disparaître avec elle (3) ».
Avec l’académisation et la professionnalisation de la théorie marxiste dans les dernières décennies, les choses ont encore empiré. Dans les meetings politiques, les conférences, les groupes de lecture, les rencontres internationales, les journalistes, etc. où viennent constamment des centaines de gauchistes, on s’étonne la plupart du temps de se poser la question de savoir si c’est un véritable intérêt pour une politique anticapitaliste qui les amène là, ou si cette implication n’est pas uniquement pour eux un pas nécessaire pour faire carrière dans une profession que l’Etat leur garantit, une entreprise capitaliste ou un parti réformiste.

La loi sur la représentativité syndicale et l’indépendance des syndicats

Le texte d’août 2008 vise à « simplifier le paysage» en éliminant les petites confédérations

Paru dans ECHANGES n° 129 (été 2009)

 
Dès lors que le syndicalisme fut reconnu par la loi – par le patronat et l’Etat –, son indépendance devint menacée et le syndicalisme révolutionnaire – de Fernand Pelloutier à Pierre Monatte – suspendu à la corde de la social-démocratie. C’est dès le début du xxe siècle que le syndicalisme révolutionnaire commencera à décliner. Depuis, les grands thèmes qui animèrent ce syndicalisme, comme l’abolition du salariat et du patronat, n’avaient plus de réalité concrète ; après la dernière guerre mondiale, ils y figuraient encore comme une pièce de musée pour finalement disparaître.
La situation depuis 1945
En 1945, à la sortie de la guerre, le redressement du capital en France supposait une collaboration étroite des organismes d’encadrement des travailleurs dotés de pouvoirs, de reconnaissance légale et d’avantages divers. Cette légalisation et l’attribution de fonctions de représentation et de gestion bien définies dans l’entreprise capitaliste étaient basées sur la notion de représentativité, c’est-à-dire d’une reconnaissance légale par l’Etat et le patronat. Celle-ci n’était pas automatique mais dépendait de critères (fixés par une circulaire du 28 mai 1945, puis une loi du 23 décembre 1946, et réaffirmés dans la loi de 1950 sur la représentativité : effectifs, indépendance financière, expérience et ancienneté du syndicat, attitude patriotique sous l’Occupation) et de leur examen par une commission. Avec le temps, avec l’évolution des politiques, des techniques de production, des catégories et des hiérarchies professionnelles, d’autres confédérations sont venues s’ajouter au couple d’origine (CGT [Confédération générale du travail, créée en 1895] et CFTC [Confédération française des travailleurs chrétiens, créée en 1919) et ont fait que cinq syndicats sont aujourd’hui « reconnus » nationalement (1).
Cette reconnaissance leur donnait à eux seuls le droit de présenter des candidats au premier tour de toutes les élections professionnelles et les dirigeants d’entreprise ne pouvaient s’y opposer. Tous les échelons des organisations syndicales, depuis la section d’entreprise jusqu’aux fédérations de branche, bénéficiaient de cette représentativité de leur confédération.
Depuis, malgré un semblant de régénération après les événements de Mai 1968, notamment de la CFDT (scission de la CFTC), ce syndicalisme « représentatif » s’est de plus en plus transformé en son contraire, un accompagnateur zélé du capitalisme et aujourd’hui un organe de répression du salariat. Cette évolution a entraîné, autour du concept de lutte de classe, des oppositions au sein de ces confédérations qui ont conduit à des scissions et à la formation de nouveaux syndicats : ceux-ci ont eu bien des difficultés à se faire « reconnaître » que ce soit au niveau d’une entreprise, à celui de la branche ou celui de l’Etat. Mais leur présence n’a pas été sans poser des problèmes dans les secteurs où ils ont fini par contester la place des autres confédérations.
Il y a eu des tentatives de restreindre leur place et de limiter globalement la contestation syndicale dans les entreprises, contestation motivée à la fois par la lourdeur du système (notamment lors de la concentration d’entreprises) et par la pression sur les coûts de production. Il fallait à tout prix « réformer » un système devenu obsolète et simplifier tout l’ensemble du système gérant les relations capital-travail.
La représentativité, en droit syndical français, n’est pas indépendante de mesures visant à déployer la main-d’œuvre plus librement à l’échelle de l’Union européenne et à simplifier les représentativités syndicales à cet échelon via la Centrale européenne syndicale (CES), qui est la confédération européenne de syndicats apparemment concurrents au niveau national.
Il fallait donc procéder par étape à un changement radical de la donne syndicale en France, liquider les cadres syndicaux et sociaux élaborés en 1936 (Front populaire, accords Matignon), en 1945 (programme du Conseil national de la résistance) et en mai 1968 (accords de Grenelle). Il fallait minimiser, voire faire disparaître toute structure orientée vers la revendication, car il n’est plus question de revendiquer.
Ce syndicalisme qui se veut aujourd’hui « rassemblé », cette union subite des frères ennemis d’hier, ne vise pas à augmenter le rapport de forces en faveur du salariat, mais au contraire à l’estomper. Il s’agit de se rapprocher du système anglo-saxon de syndicat unique (voir encadré page 8). Bien entendu, il ne s’agit pas d’une quelconque avancée sociale, mais de réduire voire d’éliminer ce qui fut la bible des relations sociales au cours des trente glorieuses.
Les réformes successives et le bouquet final de la représentativité : l’élimination des « petits » syndicats
Les élections des délégués du personnel, plus enclins à l’agitation que les délégués aux comités d’entreprises, plutôt tournés vers la gestion, n’intéressent plus le capital.
La première frappe de l’Etat concerna l’organisation annuelle de ces élections de délégués du personnel ; une loi les regroupa avec celles du comité d’entreprise ayant lieu tous les deux ans. La bureaucratie syndicale, les partisans de l’indépendance syndicale , et même le syndicalisme de base, n’y trouvèrent rien à redire. Encouragé par une telle attitude, le patronat décida de passer à l’étape suivante, en prévoyant que dorénavant les élections auraient lieu tous les quatre ans (sauf accord d’entreprise ou de branche dérogatoire). Là encore, on vit le même aplatissement silencieux ; pas un syndicat même de base n’a protesté, les planques syndicales étant garanties pour quatre années.
Seulement l’Etat et le patronat avaient leur petite idée en tête : celle de faire sauter le système de représentation syndicale en vigueur depuis l’après-guerre (l’alliance PCF-gaullistes de gestion de l’Etat de 1944 à 1947). Ils pouvaient, avec l’émergence de nouveaux syndicats comme l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA), l’Union syndicale Solidaires (SUD), ou la Fédération syndicale unitaire (FSU), habilement jouer sur les contradictions entre les différentes organisations, et se présenter comme arbitres entre le syndicalisme traditionnel « représentatif » de 1945 et les nouveaux venus.
Avec les nouvelles mesures concernant la représentativité, il s’agit « de moderniser le dialogue social » , de « dépoussiérer les relations de travail ». Suite à un accord conclu le 9 avril 2008 entre les confédérations patronales et trois confédérations ouvrières « représentatives », une loi du 20 août 2008 a profondément modifé le système des représentations syndicales.
Outre la modification sensible des critères (sept sont retenus, dont le respect des valeurs républicaines, l’indépendance, la transparence financière, l’ancienneté de deux ans, l’audience, l’influence et les effectifs), le morceau essentiel dispose que sont représentatives au niveau de l’entreprise les organisations syndicales qui ont recueilli 10 % des suffrages exprimés (donc quel que soit le niveau d’abstention) aux élections du comité d’entreprise ou de délégués du personnel, et 8 % au niveau des branches professionnelles.
Ce seront le ou les seuls syndicats qui seront habilités à discuter avec les patrons et l’accord qu’il(s) pourrai(en)t conclure sera valable s’il réunit 30 % des soutiens syndicaux « reconnus » et s’il ne rencontre pas dans l’entreprise une opposition de 50 % des mêmes syndicats « reconnus ».
Ce seuil de 10 % va provoquer un véritable maquignonnage, déjà perceptible lors des fusions-acquisition où l’entreprise dominante, par le truchement du patronat, pouvait imposer aussi comme négociateur le syndicat maison. Ce n’est plus la lutte de classe qui réglait la force de ces instances représentatives des salariés mais la lutte des places, et on assistait à des coups fourrés accompagnés de répression, venus tant de la bureaucratie syndicale que du patronat, ce dernier profitant de la situation pour « choisir » ses délégués. Avec ce seuil de 10 %, nous allons assister à des chassés-croisés pour les postes, dépassant tous les clivages idéologiques. Pour pallier la chute libre des éliminés, il est prévu dans la loi un statut bâtard de « représentant de section syndicale » qui devra pendant deux années faire preuve de son existence pour pouvoir tenter à nouveau sa chance.
A la SNCF, des difficultés imprévues
La SNCF est la première grande entreprise à expérimenter la nouvelle loi sur la représentativité syndicale.
Pour conserver sa place dans la représentation syndicale, le syndicat des conducteurs (Fédération générale autonome des agents de conduite, FGAAC) est passé à la CFDT, plutôt qu’à l’UNSA (Union nationale des syndicats autonomes), sauvant ainsi la CFDT du désastre de la non-représentativité. « Des fiançailles au mariage. 10 % pour exister, 30 % pour signer un accord, 50 % pour s’opposer » : c’est le slogan de la nouvelle force issue de l’accord passé entre la CFDT et la FGAAC et qui a abouti à ce que le syndicat autonome demande son affiliation à la CFDT. Le mariage n’est pas un mariage d’intérêt mais a été préparé de longue date sur des bases solides. Sur le site Internet de la confédération, le secrétaire général de la CFDT-Cheminots, Arnaud Morvan, explique : « On a travaillé ensemble sur plusieurs dossiers, comme sur celui des retraites, où l’action commune a permis de préserver le régime spécial des cheminots, et plus récemment sur le dossier fret, où l’entreprise voulait passer en force en faisant circuler les trains durant sept heures et demie sans arrêt, avec toutes les conséquences que cela a pour les conducteurs. » Après ces fiançailles, la CFDT et la FGAAC sont passées à une nouvelle étape, en jetant les bases d’un accord pour les élections professionnellesdu 26 mars : « Pas une alliance de façade, mais bien une alliance de syndicats, pour aller plus loin ! » (extrait du site CFDT Pas-de-Calais).
Le résultat des élections de mars paraît confirmer dans la pratique le but de la loi : CGT (39,3 %), UNSA (18,05 %), SUD Rail (17,67 %), CFDT-FGAC (11,59 %), FO-CFE-CGC (8 %), CFTC (5,4 %). Cela signifie qu’au niveau national, à la SNCF, seuls quatre syndicats seront représentatifs. Pour les deux autres, ce n’est pas seulement le droit de participer aux négociations qui est en cause, mais la perte de bureaux, de permanents, de crédits d’heures de délégations et autres avantages, et pratiquement, à terme, leur élimination. Cependant, on peut penser que le résultat recherché n’a été que partiellement atteint puisque le jeu qui consistait à privilégier la CGT et la CFDT comme premiers syndicats représentatifs à la SNCF est troublé par la présence de l’UNSA et de SUD (2).
Une situation similaire s’est produite à France Telecom lors des élections du 22 janvier 2009, où trois syndicats (CFE-CGC, UNSA et CFTC) ont été éliminés. A la RATP, la direction a accepté le report des élections d’un an pour satisfaire les principaux syndicats et permettre les maquignonnages pour préserver les places : aux élections précédentes, deux syndicats sur neuf atteignaient les 10 % fatidiques.
Le contre-exemple d’Air France : une brèche dans la loi
Un conflit récent est venu troubler ce qui se voulait une avancée « unitaire » concoctée par les deux syndicats CGT et CFDT qui depuis des années mènent une politique commune visant à évincer la concurrence syndicale.
Il est évident que la loi pouvant donner la prééminence à des syndicats généraux non seulement défavorise des catégories spécifiques au sein même de ces syndicats, mais aussi conduit à éliminer des syndicats catégoriels concernant des effectifs qui, inférieurs aux 10 % de l’ensemble des salariés de l’entreprise, n’arriveront jamais à atteindre le seuil des 10 % des suffrages exigés pour avoir une existence légale. C’est le problème qui s’est posé pour le syndicat des pilotes de lignes d’Air France (4 000 sur 75 000 salariés). Même si le syndicat regroupait 100 % des pilotes de la compagnie (il obtient aux élections environ 80 % des votes), il n’atteindrait jamais 10 % de l’ensemble. Cette situation a fait que ce syndicat a menacé de faire grève chaque week-end de la période de vacances si, par dérogation, il n’obtenait pas la représentativité. Ce qui lui fut presque immédiatement accordé. Ce qui a entraîné immédiatement la même revendication des hôtesses et stewards, pour qui la réponse fut négative – mais l’affaire est encore suspendue à un rapport de forces éventuel.
Bien sûr, cette « reconnaissance » sous la contrainte de la grève a soulevé l’indignation des deux « grands », CGT et CFDT, qui voient ainsi remise en cause leur construction péniblement édifiée.
On ne voit pas pourquoi d’autres catégories professionnelles minoritaires dans une entreprise ou une branche, disposant d’un pouvoir de nuisance, ne pourraient pas revendiquer – et obtenir de semblables dérogations, ruinant ainsi toute l’économie de la loi. Toutes les industries comportent leurs spécialistes…
Le casse-tête des petites entreprises et des entreprises qui n’ont pas de syndicat
La faible implantation des syndicats en France n’est plus à démontrer (globalement à peine 7 % de la population active). Sous l’ancien régime de la représentativité, tout syndicat, même ultra-minoritaire dans une entreprise et indépendamment de tout résultat électoral, pouvait signer un accord d’entreprise ou de branche qui pouvait s’appliquer aux travailleurs concernés. Cette situation avait été tempérée récemment par des possibilités d’opposition des syndicats majoritaires dans l’entreprise ou la profession. Le nouveau texte reprend ces dispositions qui deviennent l’accessoire du seuil des 10 % pour la représentativité en vue de la négociation des accords.
Mais un autre problème se pose, du fait de l’élimination des syndicats qui ne réunissent pas ces 10 % : il peut arriver qu’aucun syndicat « représentatif » ne soit là pour « légaliser » un accord quelconque tout comme l’inexistence de syndicat dans l’entreprise peut faire qu’aucun accord n’ait de base légale. Ceci alors qu’il est impératif, d’après la loi, que de tels accords soient conclus sur le temps de travail et sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.
Dans beaucoup de petites entreprises ou d’entreprises moyennes, même l’obligation d’avoir des délégués du personnel (plus de 10 travailleurs) ou un comité d’entreprise (plus de 50 salariés) n’est pas toujours respectée – ou bien, s’il y a des élections, au second tour des non-syndiqués peuvent se présenter et être élus, ce qui ne les rend nullement « représentatifs » puisque seuls des membres d’un syndicat peuvent devenir « représentatifs ». Personne alors ne peut signer des accords, qui donc cessent d’être légaux.
Quand la lutte de classe s’en mêle
Dans un entretien avec le Financial Times du 10 novembre 2008, François Chérèque, secrétaire général de la CFDT et un des artisans de l’accord paritaire sur la représentativité devenu loi, pouvait déclarer à propos de ce nouveau texte : « Nous sommes en train de redonner le pouvoir aux travailleurs », ajoutant que « cela permettrait aux syndicats non représentatifs de conclure des accords avec les employeurs ». Il ne croyait pas si bien dire, même s’il ne parlait que pour atténuer une autre affirmation, selon laquelle « cela simplifierait le paysage syndical car les syndicats devraient travailler ensemble pour parvenir à des accords » et « les employeurs ne pourraient plus signer des accords avec des syndicats minoritaires » – ce qui était effectivement le but de la réforme qui, toujours d’après Chérèque, pourrait mettre dix ans à produire tous ses effets.
Ce n’est pas notre propos d’analyser ici en quoi l’évolution des méthodes de production, des nouvelles techniques, du capital en général ont conduit à faire éclater un système qui, avec les conventions collectives de branche (pouvant faire l’objet d’extensions applicables à l’ensemble des salariés), donnait un grand pouvoir aux bureaucraties syndicales. Mais il est de fait que la disparition de ce cadre général d’assujettissement des travailleurs a déplacé ce cadre au niveau de chaque entreprise.
Le centre de gravité dans la fixation des conditions d’exploitation du travail s’est déplacé, renforçant le rôle des échelons de base des syndicats (et favorisant l’essor d’oppositions) et affaiblissant le rôle des bureaucraties fédérales et confédérales. D’une certaine façon, et c’est ce que souligne Chérèque, la réforme tend précisément à « légaliser » ce nouveau pouvoir des sections de base, tout en lui imposant de telles conditions qu’elle aboutit en fait à favoriser l’implantation des « grands » syndicats – en contraignant les « petits » à s’associer entre eux ou à rejoindre les « grands ».
Des conflits récents ont montré que ces calculs risquent d’être pris dans des situations autrement plus complexes, à cause de la crise qui fait ressortir la contradiction de base entre les « gestionnaires » syndicaux et les luttes radicales (auxquelles participent souvent certains échelons de base des syndicats).
Dans l’une des usines Dunlop d’Amiens, suite aux conflits de 2008 qui avaient vu toute une section locale CGT exclue par la Confédération, les élections au comité d’entreprise du 19 février ont balayé les syndicats anciennement « représentatifs » au profit de l’UNSA (51 % des voix) et de SUD, deux syndicats non représentatifs autrefois et qui peuvent le devenir dans l’entreprise.
Dans le conflit de Caterpillar à Grenoble, en mars, provoqué par un plan de 733 suppressions d’emplois, le mouvement de lutte organisé autour d’assemblées générales, un comité de grève et l’intervention forte de non-syndiqués a plus ou moins échappé au contrôle syndical. Les élus au comité d’entreprise, y compris ceux de la CGT, ont fini par conclure un accord avec la direction, qui a été ensuite désavoué par les délégués syndicaux, y compris ceux de la CGT. Lors des débats qui ont conduit à cet accord, le délégué CGT le plus actif a été exclu des négociations.
Est-ce que, comme l’exprime un analyste universitaire, on assiste actuellement à « la décomposition avancée des syndicats » ? Difficile de le dire, mais ce qui est certain c’est que la réforme que nous venons d’évoquer trouve beaucoup d’épines sur son chemin. Elle tend d’une part à « simplifier le paysage syndical », au profit du management et d’une diminution des coûts de production, et d’autre part à renforcer les « grands » syndicats en éliminant les « petits » et en leur redonnant en même temps un plus grand contrôle sur la base. Mais la tempête qui secoue le monde capitaliste et d’abord le monde du travail risque de remettre totalement en cause ces visées, car la lutte de classe, qui tend à devenir plus radicale à la mesure des enjeux, ne se soucie guère des cadres légaux et risque de balayer les réformes les mieux ficelées – ce que n’est pas ce compromis laborieusement acquis.
G. B. et H. S
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NOTES
(1) CGT, CFTC, CGT-FO [CGT-Force ouvrière, créée en 1947-1948], CFDT [Confédération française démocratique du travail, créée en 1964], CGC [Confédération générale des cadres, créé en 1944, reconnue « représentative » en 1966].
(2) « Les suites de la “représentativité” à la SNCF », document émanant de Sud Rail, montre comment de concert avec la CGT, la direction de la SNCF applique avec zèle la loi d’août 2008 (copie à Echanges).

ANNEXE 1
Le syndicat unique à l’anglo-saxonne
Aux Etats-Unis, le National Labor Relations Act de 1935 autorise un seul syndicat, qui doit emporter 50 % des suffrages des salariés, à représenter les travailleurs d’une entreprise dans la négociation d’un contrat collectif et le règlement des conflits.
Au Royaume-Uni, des dispositions similaires n’ont été introduites qu’en juillet 1999 ; en vertu de l’« Employment Relations Act », la reconnaissance syndicale dans une entreprise peut résulter soit d’un vote des travailleurs en faveur d’un seul syndicat, soit d’un accord direct passé avec l’entreprise sans consultation des travailleurs. Là aussi, seul le syndicat « reconnu » est autorisé à intervenir dans les relations de travail.
Dans ces deux pays, en l’absence de « reconnaissance », l’entreprise peut fixer unilatéralement les conditions d’exploitation, et c’est le rapport de forces qui détermine le niveau de ces conditions.

ANNEXE 2
Les délégués du personnel
Les délégués du personnel, depuis la loi du 16 avril 1946, étaient élus tous les ans. En 1982, les lois Auroux vont porter à deux ans la durée du mandat des délégués. La loi du 2 août 2005 permet de fixer par un accord de branche, un accord de groupe ou un accord d’entreprise, la durée des mandats des représentants du personnel à un comité d’entreprise (ou d’établissement) ou d’une délégation de personnel (articles L. 433-12 et L. 423-16 du code du travail). entre deux et quatre ans.
Puis l’accord signé le 12 octobre 2005 avec les cinq organisations syndicales nationalement représentatives fixe la durée de ces mandats à trois ans.

Syriza et sa victoire aux récentes élections en Grèce

Le 25 janvier 2015, pour la première fois dans l’histoire de la Grèce, un parti de gauche, Syriza, a gagné les élections nationales avec une majorité de 36,34 %, soit 8,5 % de plus en pourcentage que Nea Demokratia (Nouvelle Démocratie), le parti de droite traditionnel et principale force de la coalition gouvernementale sortante. Pourtant, Syriza n’a pas atteint la majorité absolue, n’obtenant que 149 sièges au Parlement (un minimum de 151 sièges étant nécessaire pour obtenir un vote de confiance). En conséquence, il a dû former une coalition avec Anexartitoi Ellines (Grecs indépendants), un parti populiste nationaliste de droite qui avait obtenu 4,75 % des votants et 13 sièges au Parlement. Une telle collaboration était devenue possible en raison de la ferme opposition d’Anexartitoi Ellines aux programmes d’austérité des années précédentes, et malgré de grandes différences entre les deux partis sur des questions comme l’immigration et la politique étrangère.
Le vote de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie pour Syriza est un vote de revanche contre un gouvernement de droite dont le programme drastique d’austérité a engendré des effets désastreux sur leur vie et développé dans la population des tendances dépressives et suicidaires. C’est un vote contre une politique de la peur qui a imposé non seulement la répression des luttes mais aussi de nombreuses petites « guerres civiles » quotidiennes déprimantes entre les travailleurs . C’est un vote contre la propagande constante et monotone sur le dogme « Il n’y a pas d’alternative (1). » Rien n’illustre mieux la popularité du programme politique alternatif de Syriza que cet exemple : dans le camp de concentration d’Amygdaleza, les immigrants « illégaux » qui s’étaient révoltés au cours de l’été 2013 contre leur incarcération et n’avaient pas le droit de vote ont chanté en chœur, la nuit du 25 janvier devant leurs gardiens, « Tsipras-Tsipras » (2).
Comme nous le verrons en détail dans la suite de ce texte, les principaux points du programme de Syriza sont :
a) l’annulation de la plus grosse partie de la dette conjointement à d’autres mesures de soulagement de cette dette ;
b) l’abolition de tout programme d’austérité (en fait une dévaluation du capital)
Il est intéressant de noter que ce n’est que récemment que les cadres de Syriza ont exprimé une vision optimiste de l’acceptation de leurs positions et de leurs propositions par les créanciers de la Grèce, à savoir l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI). Il est possible que cet optimisme soit relié au fait que la déflation courante et la stagnation au sein de l’UE, en liaison avec la chute du cours du pétrole, ait conduit au lancement d’un « quantative easing » (QE) (3) de grande dimension, un programme de rachat de titres par la BCE de 1 000 milliards d’euros, pour stimuler la demande dans les économies européennes. Cette stratégie récente de QE représente une politique d’inflation, une dévaluation des capitaux nominatifs de l’Union européenne dans son ensemble, par le canal d’une dévaluation de l’euro qui pourrait prévenir l’imposition de nouvelles mesures drastiques d’austérité dans certains pays de l’UE ou bien le contrôle strict des déficits budgétaires, même si ce virage ne signifie pas que le bon vieux « terrorisme fiscal » soit abandonné comme arme contre les prolétaires de l’UE.
De plus, quelques membres des gouvernements européens ont exprimé expressément leur soutien ou leur sympathie envers les positions de Syriza, par exemple le ministre des finances d’Irlande qui, deux semaines avant les élections générales grecques, soutenait l’idée d’une conférence européenne sur la dette, ou le chancelier autrichien qui critiquait les programmes d’austérité et proposait de discuter de mesures spécifiques de soulagement de la dette. Il semble qu’en raison de la stagnation économique persistante, une fraction petite mais croissante du capital européen pousse vers l’abandon de la politique drastique d’austérité initiée par l’Allemagne. D’éminents économistes ou commentateurs financiers ont non seulement reconnu qu’un allègement de la dette était nécessaire, mais ont aussi endossé le programme de Syriza préconisant le remplacement des coupes dans les dépenses par des dépenses stimulant la demande (4). Même Martin Schulz, le président allemand social-démocrate du Parlement européen, se dit convaincu que Syriza ne parviendra pas à obtenir une réduction de la dette mais évoque néanmoins la nécessité d’aller vers un compromis.
Au même moment, il semble possible que Syriza puisse utiliser d’autres instruments de politique étrangère, par exemple le veto, dans le but d’obtenir des concessions de l’UE.
Comment Syriza est parvenu
à être majoritaire en Grèce
Syriza est le sigle de « Synaspismos Rizospastikis Aristeras », qui peut se traduire par « Coalition de la gauche radicale ». Syriza, créé en janvier 2004, est une coalition de plusieurs partis et groupes politiques gauchistes, les plus importants d’entre eux étant Synaspismos (Coalition de gauche et de Mouvement et écologie), Akda (Renouveler la gauche communiste écologique), Keda (Mouvement pour une action unie de la gauche), DEA (Gauche internationaliste ouvrière) et KOE (Organisation communiste de Grèce). Syriza s’est transformé en un parti unique avant les élections générales de juin 2012, quand il lui a semblé possible de gagner les élections en profitant du bonus de sièges parlementaires donné à la majorité par le système électoral grec.
Synaspismos, de loin le plus fort et le plus important élément de Syriza, avait été formé en 1989 par une coalition entre le KKE (Parti communiste prosoviétique) et la Gauche grecque, le successeur de KKE Intérieur (un parti eurocommuniste qui avait scissionné de KKE en 1968). KKE a quitté Synaspismos en 1991 quand la ligne dure de la fraction stalinienne purgea du parti tous les membres défendant une ligne social-démocrate, y compris le secrétaire général du parti qui démissionna de KKE mais resta membre de Synaspismos. A la fin des années 1980, AKOA scissionna du KKE Intérieur pendant que KEDA scissionnait de KKE au début des années 1990. DEA était une scission du Parti socialiste ouvrier trotskiste (associé à la tendance Internationale socialiste) et KOE était le successeur d’un groupe scissionné du parti maoïste ­KKE-ML.
La création de Syriza est liée directement aux ferments et développements politiques qui se mirent en place au cours de la période du mouvement « anti-globalisation » et lors de la prévalence du soi-disant discours anti-néolibéral dans les rangs de ce mouvement. En particulier, ces groupes qui semblaient alors hétérogènes s’unirent dans une opposition aux restructurations néolibérales de l’Etat-providence et optèrent pour un retour à une gestion plus social-démocrate des relations sociales capitalistes. Cette unification se fit dans l’organisation « Espace pour un dialogue pour l’unité et une action commune de la gauche », formation qui prépara la participation gauchiste grecque à la manifestation « anti-globalisation » de Gênes en 2001. Il ne fait pas de doute qu’il y a encore des positions divergentes dans Syriza au sujet de questions comme la nationalisation des banques, de la participation à l’Eurozone, mais aujourd’hui les plus « radicaux » sociaux-démocrates qui envisagent la nationalisation des banques tout comme les soi-disant eurosceptiques qui sont pour la sortie de la zone euro, perdent du terrain dans le parti (voir http://www.echangesetmouvement.fr/2015/07/sur-quelques-d…nt-mis-de-cote/).
Le mouvement des places
Avant le déclenchement de la « crise de la dette » en 2010 – qui était la manifestation et l’aggravation de la crise prolongée de la reproduction capitaliste en Grèce – et l’imposition d’une politique de choc de dévaluation du capital variable comme du capital constant à travers le mécanisme du « mémorandum » infamant – c’est-à-dire les programmes d’austérité liés aux prêts consentis par laTroïka (FMI, BCE, UE) (5) dans les années qui suivirent, Syriza n’avait jamais gagné plus de 5 % des voix dans les élections européennes ou nationales. Syriza émergea comme le principal parti d’opposition dans les élections générales répétées (les élections de mai 2012 ayant vu l’effondrement des partis jusqu’alors dominants et favorables à l’austérité, de nouvelles élection furent convoquées en juin de la même année), seulement après la défaite des luttes contre la mise en œuvre de la politique de dévaluation du capital (16,78 % des votants en mai et 26,9 % en juin).
Ce développement se rattache largement au rôle central joué par Syriza dans le « mouvement des places » (occupation permanente des places publiques) qui éclata fin mai 2011 et garda toute sa force pendant plus d’une année. La principale manifestation du « mouvement des places » en Grèce fut l’occupation de la place Syntagma (la place centrale d’Athènes en face du Parlement) qui dura deux mois au cours de l’été 2011. Ce mouvement paraissait donner une perspective de dépassement de la logique spécifique des syndicats et de mise en question des partis politiques de gauche comme forme aliénante, à la fois de représentation des pratiques de la classe ouvrière et du système politique comme un tout.
Pourtant il restait au niveau de la protestation politique et d’une revendication de « démocratie réelle/directe », même si son rôle dans l’appel à la grève contre les accords de moyen terme et dans l’organisation de batailles contre la police imposant la répression capitaliste en juin 2011 ait été crucial.
Les mécanismes de parti de Syriza et d’autres organisations de gauche ont joué incognito un rôle clé dans les groupes organisationnels de la place Syntagma et, partant, ont réussi à dominer largement le contenu et les formes de lutte en prônant une idéologie gauchiste nationaliste  « d’indépendance nationale », de « reconstruction productive de l’économie grecque », « d’annulation de la plus odieuse partie de la dette », etc. De plus, ces mêmes mécanismes firent de leur mieux pour maintenir la lutte à un niveau purement symbolique, ruinant toutes les suggestions pratiques émises pour l’extension de la lutte aux lieux de travail et bureaux de chômage, alors qu’ils développaient en même temps le thème de la « provocation » contre ceux qui s’affrontaient avec les forces de police dans les manifestations de masse.
Le « mouvement des places » était basé soit sur la création de nouvelles « assemblées populaires » dans la périphérie d’Athènes et dans les villes soit sur le redéveloppement temporaire de celles qui existaient déjà (qui pouvaient remonter à la révolte de décembre 2008). Dans la période qui a suivi le mouvement de la place Syntagma, s’est développé un mouvement de mobilisations préconisant le « refus de la base populaire de payer, organisé principalement par les assemblées ». Ces mobilisations se sont concentrées principalement dans le refus du paiement :
a) des factures d’électricité qui, à ce moment et pour les trois prochaines années incluaient un nouvel impôt sur la propriété ;
b) du ticket de transport dont le prix avait augmenté;
c) des péages autoroutiers qui s’étaient multipliés alors que leur taux avait augmenté.
Les membres de Syriza et autres gauchistes qui participaient aux « assemblées populaires » ont alors impulsé un glissement de la cible des mobilisations politiques vers des activités prolétariennes antagonistes : la remise en sevice de l’électricité dans les foyers ouvriers ou le blocage/sabotage des machines de contrôle des tickets dans le métro, ou des actions légales qui souvent impliquaient les administrations des municipalités contrôlées par des maires sociaux-démocrates de gauche.
Récupérations
Les tentatives menées par Syriza pour récupérer les mobilisations ont été largement couronnées de succès, une tâche plutôt facile en raison de la composition interclasse de celles-ci et de leur contenu politique : les assemblées, même quand elles étaient à prédominance prolétarienne de toute sorte, ne se sont jamais définies comme des collectivités ouvrières ; elles ont été plutôt perçues par la majorité des participants comme des assemblées de citoyens locaux : des individus privés, des propriétaires privés…

De cette composition, de cette perception, il n’y avait qu’un petit pas à faire pour verser dans le discours social-démocrate des « droits sociaux du citoyen » du « droit au bien commun », etc., qui était principalement celui de Syriza. Par exemple, les assemblées de voisinage ont organisé une série de soi-disant activités de solidarité comme des soupes populaires, des centres de soins autogérés, des coopératives d’échanges de marchandises, d’échanges de services (comme des classes de langues étrangères) dans un cadre interclassiste anti-gouvernemental.

La stratégie d’autogestion de l’austérité a été largement adoptée par Syriza qui, comme nous en parlerons plus loin, a inclu l’économie sociale et solidaire comme un des piliers de son programme pour la « reconstruction productive de l’économie grecque ». Aujourd’hui, Syriza contrôle une pléthore de telles organisations de base de solidarité, y compris les centres de santé et les pharmacies autogérés, les centres d’échanges de marchandises, les centres d’aide alimentaires, etc. Notre position sur le flou particulier des limites entre de tels projets et les organisations caritatives de l’Eglise ou des ONG a été confirmée par les récentes déclarations de soutien à la mission philanthropique de l’Eglise évoquée par le président de Syriza lors d’une rencontre avec l’archevêque dans une institution religieuse de charité. En outre Syriza a utilisé les assemblées de voisinage pour renforcer ses sections locales, qui souvent copient la forme assembléiste, et y recruter ses membres.
Scores électoraux
La capacité de Syriza de se substituer (de façon limitée, mais substantielle) à la désintégration de l’Etat-providence en Grèce a été augmentée par ses scores récents aux élections locales. Par exemple, Syriza gère depuis septembre 2014 l’administration régionale de l’Attique (la région la plus peuplée de Grèce, à laquelle appartient Athènes) et a ordonné la remise en service de l’électricité dans un nombre significatif de familles pauvres avec une allocation de 360 euros par an pour chaque foyer dont l’électricité avait été coupée.
En outre, après la défaite des luttes dans le secteur public (à l’exception de la lutte contre le nouveau système d’évaluation des employés dans l’unité de travail qui est toujours en cours), une défaite survenue pour pas mal de raisons, dont certaines ont déjà été exposées ci-dessus, Syriza est apparu comme un parti politique qui rétablirait le statu quo antérieur en annulant les licenciements, les mises à pied dans les universités et plus largement dans les services publics et la réouverture d’ERT (la radio-télévision nationale qui avait été fermée par le précédent gouvernement, entraînant le licenciement de 3 000 employés). Pour les luttes contre les fermetures d’entreprises, Syriza a soutenu à la fois activement l’autogestion des usines par leurs anciens salariés se basant sur l’exemple de Viome (6) tout comme l’organisation de la distribution de la production dans des échanges de marchandises autogérées sans intermédiaires. L’autogestion des entreprises en faillite et la création de nouvelles coopératives, l’autogestion des réseaux de production, distribution, consommation « dans le but de créer des économies d’échelle » ou même la création d’institutions de crédit coopératif constituent le programme de Syriza pour édifier le pilier « économie sociale » de son plan de « reconstruction productive ».
Sur le même terrain de la représentation politique, le pouvoir de Syriza a grandi dans son opposition résolue au parti d’extrême droite Aube dorée. L’impact d’Aube dorée sur le plan national a été largement renforcé après l’affaiblissement du « mouvement des places ». Ce mouvement a combiné un courant de base d’une « révolte de la gauche » avec celui d’une révolte de la droite. Après cette retraite la fraction la plus passive et raciste de cette « révolte de base » de la droite contre les mesures d’austérité avait trouvé une représentation politique dans ce parti politique. Cette représentation a été encouragée par l’aile droite du parti au gouvernement et les références à la Grèce profonde. Quand la violence des membres de ce parti contre les immigrants et les gauchistes se déchaînèrent en septembre 2013 et que son autonomisation par rapport au soutien de l’Etat devint évidente, les « frères » de l’aile droite du gouvernement ont été contraints de mettre les dirigeants d’Aube dorée en prison. Pourtant, le véritable vainqueur de la campagne d’Etat antifasciste a été Syriza qui avait soutenu les activités antifascistes au cours des années précédentes dans et hors des « assemblées populaires » (7).
Pas de refus de payer
La primauté accordée dans le mouvement anti-austérité au discours nationaliste sur la renégociation/réduction de la dette gouvernementale – une réduction par l’Etat des paiements venant d’en haut (une vision partagée aussi par Aube dorée), opposée à la vision prolétarienne du refus de paiement venant de la base, et la « reconstruction productive de l’économie grecque » combinée à la domination du discours social-démocrate sur les « droits sociaux du citoyen », les « droits aux biens communs », l’« autogestion  » et l’« économie sociale » ont pavé la route de Syriza vers la position de parti dominant. Après avoir activement sapé le développement potentiel des luttes sur les lieux de travail, les places et la rue en un mouvement prolétarien qui aurait pu menacer la domination du capital et de son Etat, Syriza est parvenu à transférer la défaite du mouvement de base en pouvoir électoral. Une grande partie de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie ont mis leurs espoirs dans le renversement de la politique de dévaluation du capital en assurant le succès électoral de Syriza.
Le nouveau gouvernement de coalition représente le rapprochement entre la « révolte de la gauche » venant de la base avec la plus active et non-fasciste « révolte de la droite » au niveau de l’Etat capitaliste. Normalement cela devrait ouvrir une nouvelle période de luttes revendicatives de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie.
Que deviendront les programmes politiques de gauche quand les mouvements sociaux déclineront ?
Il est intéressant de dresser la liste des changements dans le programme politique de Syriza de 2010 à aujourd’hui. Pour permettre d’illustrer ces changements plus clairement, nous les avons divisés comme suit entre catégories :
– Gestion de la dette du gouvernement. La principale position du programme de Syriza concernant la restructuration de la dette de l’Etat est restée inchangée depuis 2010, à savoir renégocier cette dette en en annulant la plus grande partie. Récemment, Syriza a évoqué le précédent historique de l’accord de Londres de 1953 allégeant radicalement la dette de la République fédérale d’Allemagne envers ses créanciers (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Fran­ce). D’autre part les principaux changements dans l’attitude de Syriza sur ce sujet peuvent être ainsi résumés :
a) en 2010 et 2011, Syriza a défendu un emprunt direct auprès de la BCE à un faible taux d’intérêt, similaire à celui consenti aux banques privées, bien que dans ses propositions les plus récentes il se réfère à la politique de « Quantitative Easing » comportant l’achat par la BCE de titres d’Etat ;
b) depuis 2012 Syriza propose de différer le paiement des intérêts de la dette jusqu’au moment où l’économie grecque aura été redressée, avec l’insertion d’une « clause de croissance économique » de régulation de ce remboursement ;
c) en 2011, Syriza défendait la tenue d’un audit approfondi de la dette de la Grèce dans le but d’annuler la fraction la plus pourrie, une position qui depuis a été retirée du programme. Le programme actuel montre aussi qu’alors qu’en 2010 et 2011 Syriza défendait l’abolition du pacte de stabilité européen, en 2015 il défend seulement l’exclusion des programmes d’investissement public des restrictions imposées par le pacte « Stabilité et croissance ». De plus, en 2010 Syriza était pour des restrictions au mouvement des capitaux par l’adoption de la taxe Tobin (8), une position qui depuis ne figure plus dans le programme. Enfin, le dernier et pas des moindres, dans son programme de 2015, Syriza en appelle à la mise en place d’une substantielle période de grâce au cours de laquelle l’Etat grec n’aurait pas à assurer les service de la dette pendant un certain nombre d’années pour permettre d’orienter les fonds ainsi dégagés vers des dépenses d’investissement, un levier pour le « démarrage de l’économie ».
– Système bancaire et dette privée. Il y a eu un changement fondamental dans le programme de Syriza par rapport au système bancaire. En particulier, en 2010 et 2011 Syriza défendait la nationalisation des banques, alors qu’en 2015 il ne parle plus que de la création d’une banque publique d’investissement et d’un certain nombre d’institutions spécialisées de crédit pour les petites entreprises, les entreprises autogérées et les paysans. Toute référence à la nationalisation des banques a été gommée. Depuis 2011, Syriza a inclus dans son programme une provision pour le règlement des prêts non remboursés des particuliers et des entreprises alors qu’en 2015 le programme ne promet plus que l’interdiction de reprise de la résidence principale en cas de défaillance. En outre, le programme de 2015 ne prévoit plus que le règlement des dettes privées envers l’Etat pour les impôts ou les contributions aux fonds de sécurité sociale sous forme d’étalement mensualisé en fixant des limites supérieures à ces mensualités en fonction du revenu familial. En même temps, le programme promet de stopper les reprises de logement et les poursuites judiciaires à ce sujet pour ceux qui auraient volontairement réglé leurs dettes envers l’Etat.
– Privatisations/ nationalisations. Syriza n’a pas changé son engagement de mettre un terme à la privatisation des services publics des entreprises publiques et des infrastructures. Pourtant, sa position initiale de 2010 de « renationaliser » « graduellement » les « entreprises stratégiques » comme les télécommunications, l’électricité et les infrastructure comme les ports, les aéroports et les routes a été graduellement abandonnée. Depuis 2012, Syriza relie la renationalisation des « entreprises et des infrastructures » à la disposition de fonds suffisants pour racheter les actions et les titres de propriété, une condition qui ne signifie rien d’autre que la renationalisation n’aura pas lieu. Egalement, depuis 2012, Syriza préconise de transférer la propriété des ressources naturelles et minérales dans une sorte de trésor public qui servirait de garantie pour l’émission d’obligations d’Etat. Sa position de 2010 pour une nouvelle régulation du marché financier a été abandonnée.
– Investissement public. Le programme de Syriza n’a pas changé depuis 2010 quant à l’intention d’augmenter les investissements publics en tant que levier pour favoriser la croissance et la soi-disant « reconstruction productive de l’économie ». Dans ce contexte, Syriza a promis d’accroître les fonds consacrés à la recherche scientifique, menée principalement dans les universités grecques, et de favoriser certaines industries (par exemple la production de médicaments). En 2015, Syriza appelle à un « New Deal » (9) européen qui inverserait les tendances déflationnistes et alimenterait la croissance en Europe à travers un programme d’investissements publics soutenu par l’UE.
– Impôts/ dépenses. La position de Syriza en 2010 et 2011 d’imposer une taxe de 45 % sur les profits non distribués des grandes entreprises capitalistes a été éliminée de son programme en 2012. De même, la promesse d’abolir les exemptions d’impôt sur le capital des armateurs faite en 2010 et 2012 a été diluée dans son programme le plus récent ; il n’est question que de réviser toutes les exemptions et d’abolir seulement celles qui ne seraient pas « reliées à une activité maritime en elles-mêmes ». Pour autant que les impôts concernent les personnes physiques, la position affirmée en 2010-2011 d’augmenter les impôts directs des couches les plus riches a disparu, alors que le programme de 2015 ne parle que de la réduction graduelle des taxes indirectes « après discussion », à l’opposé de la position de 2010 pour une réduction immédiate des taxes indirectes et de la position de 2012 pour une réduction de la TVA dans le tourisme et la restauration.

Pourtant, dans le programme de 2015, Syriza promet de relever le revenu non taxé pour toute personne physique à 12 000 euros, d’abolir le nouvel impôt foncier, l’impôt sur le fuel de chauffage et la taxe imposée aux travailleurs indépendants. En outre, il a promis de réduire la charge fiscale des petites entreprises. Pour autant que les dépenses de l’Etat soient concernées, en 2010 et 2011, Syriza soutenait l’augmentation des dépenses sociales et la réduction du budget de la défense mais depuis 2012 il ne parle plus que de geler la réduction des dépenses sociales. Depuis 2014, sa position n’est plus que de maintenir un budget en équilibre, ce qui implique la poursuite de l’austérité en dépit de et en contradiction avec ses promesses.
– Salaires et relations de travail. En 2010, le programme de Syriza promettait une augmentation des salaires, des retraites et des allocations chômage. En 2011 cette position avait changé pour ne comporter que le retour immédiat des salaires et retraites au niveau de 2009 avant la mise en œuvre du mémorandum. En 2012, il ne promettait plus que le gel des réductions de salaires et retraites, le rétablissement graduel des salaires à leur niveau de 2009, quelle qu’en soit la signification, et le rétablissement immédiat du salaire minimum à son niveau de 2009. Pour autant que les relations de travail, c’est-à-dire l’exploitation, sont concernées, en 2010, il promettait de nouvelles restrictions aux licenciements mais en 2012, il ne promettait plus que l’abolition de la législation de 2010 qui « libéralisait » le marché du travail en favorisant les licenciements, réduisant les indemnités de licenciement et limitant l’application des conventions collectives. Syriza soutient encore la réduction du travail précaire avec l’abolition du travail indirect et la diminution de la sous-traitance dans le secteur public. Pourtant, en contradiction avec cette position, il admet la possibilité pour les municipalités de mettre en place des programmes de travail temporaire et des « programmes de formation » dans le but de réduire le chômage. Dans les programmes de 2012  et 2015, Syriza promet de pénaliser le travail au noir et de renforcer les services de l’Etat contrôlant l’application de la législation du travail. Finalement, dans son programme le plus récent, il promet de restaurer la fermeture du dimanche dans le commerce de détail.
– Avantages sociaux. Syriza avait promis en 2010 d’augmenter les allocations chômage. Dans son plus récent programme sa position est juste de les restaurer à leur niveau de 2009 (461 euros pendant douze mois). En 2012 il promettait d’étendre les allocations chômage aux travailleurs indépendants mais dans son programme de 2015 le parti ne parle que de réformer les allocations chômage pour ne couvrir que les travailleurs indépendants sans ressources. Alors qu’il préconisait en 2012 d’étendre le service des allocations chômage à deux ans, dans son programme le plus récent il ne promet plus cette extension qu’aux chômeurs de longue durée. Il avait aussi promis d’abolir la restriction imposée à la durée totale du service des allocations (un total de 400 jours de paiement d’allocations par période de quatre années). Il a aussi inclu dans son récent programme un certain nombre d’allocations pour soulager de la pauvreté extrême à savoir, électricité gratuite et bons de nourriture pour 300 000 foyers, logement gratuit pour les SDF par réquisition des immeubles municipaux et des hôtels vides, qui recevraient une subvention, soins médicaux gratuits pour les chômeurs et ceux qui ne seraient pas couverts par la sécurité sociale, transport gratuit pour le chômeurs et les travailleurs à faibles revenus. Syriza a compris qu’il pouvait conquérir de nombreux votes en promettant un maigre revenu à un grand nombre de foyers paupérisés.
– Retraites. En 2010, Syriza promit d’abolir toutes les lois qui avaient attaqué depuis 1990 les droits à la Sécurité sociale et les retraites et reconnut les dettes de l’Etat envers les fonds de la Sécurité sociale. Dans son programme de 2012 ces positions ont été réduites à la seule promesse de rétablir les cotisations employeur à leur niveau antérieur, de combattre les fraudes par les employeurs, de geler les réductions de retraite et « graduellement de rétablir les retraites à leur niveau antérieur » et d’abolir l’exclusion de 2011 de bien des emplois de la catégorie « métiers dangereux » qui était défavorable aux travailleurs. Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, la promesse de 2010-2011 de rétablir les retraites à leur niveau de 2009 a été remplacée dans les programmes de 2010-2011 et de 2015 par la simple promesse de réduire le gel des retraites. En outre, dans le programme de 2015 il posa qu’il reverrait l’exclusion d’emplois de la catégorie « métier dangereux » contrairement à sa promesse de 2012 d’abolir immédiatement cette exclusion. Il avait promis qu’il réduirait l’âge de la retraite de deux ans, c’est-à-dire rétablir l’âge pour une retraite normale à 65 ans et à 60 ans pour une retraite réduite. En outre, il a promis d’abolir la nouvelle méthode de calcul des retraites après le 1er janvier 2015 ainsi que les restrictions au droit d’obtenir une retraite réduite, ce qui aboutit à exclure bien des travailleurs du droit à une retraite (selon ces restrictions un travailleur devrait avoir cotisé pour obtenir une retraite 100 jours de travail par an pendant au moins les cinq dernières années).
– Economie sociale (secteur autogéré). En 2010, le programme de Syriza n’insistait pas trop sur « l’économie sociale » sauf par une référence au soutien des associations de paysans. Cela commença à changer en 2012 quand le programme promit de fournir des subventions et des facilités pour le développement de « l’économie sociale ». Cela a changé complètement dans le programme de 2015 ; il est devenu évident que Syriza accorde plus d’importance à ce secteur à la fois pour la réduction du chômage et pour la « reconstruction productive de l’économie ». Ce changement reflète  la croissance du secteur « économie sociale » et le fait que de plus en plus de prolétaires font face à leurs besoins ou même peuvent joindre les deux bouts en s’engageant dans de tels projets ou dans des entreprises low cost. Syriza a promis notamment d’aider la reprise et l’autogestion d’entreprises en faillite en modifiant la loi sur les faillites.
Il a promis aussi de soutenir les coopératives et les associations par des exemptions d’impôts, des subsides européens, en fondant des institutions publiques spécialisées de crédit, le tout chapeauté par la création d’unités spéciales où il serait possible de trouver des conseils juridiques et comptables.
u Emploi dans les services publics. Le programme de 2012 promettait l’abolition de la loi sur les licenciements et les mises à pied dans le secteur public. Dans son programme de 2015, Syriza promet que les travailleurs du secteur public qui ont été mis à pied ou licenciés retrouveront leur position antérieure. Il a aussi promis d’abolir le nouveau système d’évaluation des travailleurs et de l’unité de travail et son remplacement par un système d’évaluation basé sur des « facteurs et indices objectifs », sans qu’on sache trop ce que cela signifie. En outre, il s’engage à abolir la loi prévoyant de nouvelles strictes règles disciplinaires pour les travailleurs du secteur public, ce qui était prévue dans le contexte de la législation du mémorandum. Dernière proposition et non des moindres : la promesse de créer des milliers d’emplois permanents et stables dans les secteurs publics de l’éducation, de la santé et de la protection sociale, une partie de l’engagement de créer au total 300 000 emplois dans les secteurs publics, privés et autogérés.

*

L’interminable catalogue des changements ainsi relevés dans le programme de Syriza illustre aussi bien la dilution de ses positions vers une timide position social-démocrate que ses contradictions. L’ajustement graduel de Syriza à la « realpolitik » montre qu’après avoir élagué la plupart de ses positions considérées comme inacceptables du point de vue de la stratégie capitaliste dominante néolibérale de la zone euro, et en ne conservant – tout en les enrichissant parfois – que les moins nocives comme celles concernant la prétendue « économie sociale », Syriza pouvait se transformer en un « nouveau » gestionnaire plutôt compétent de l’Etat capitaliste.
TPTG
janvier 2015
(Traduit de l’anglais par H. S.)

 

NOTES

(1) Allusion au slogan de Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, qui a imposé sa politique néolibérale des années 1980 : TINA, « There Is No Alternative ».

(2) Tsipras, leader de Syriza, est devenu, à la suite de ces élections, Premier ministre du gouvernement grec.
(3) « Quantitative Easing » (QE) , « assouplissement quantitatif », désigne un type de politique monétaire dit « non conventionnel », auquel peuvent avoir recours les banques centrales dans des circonstances économiques exceptionnelles, telles que des crises économiques et financières de grande ampleur. Cette politique vise à éviter la déflation tout en maîtrisant une faible inflation. En particulier, l’assouplissement quantitatif consiste généralement en une expansion du bilan de la banque centrale au travers de l’acquisition d’actifs qui peuvent être des titres de créances obligataires, ou des actifs plus risqués comme des dettes dites d’agences, ou des titres adossés à des actifs comme des titres hypothécaires. L’assouplissement quantitatif est l’équivalent moderne de la planche à billet, en plus sophistiqué dans ses modalités toutefois.

(4) Pour une analyse extensive de la crise capitaliste, sa gestion par l’Etat grec et l’internationale capitaliste (FMI, UE, BCE, etc.) et les luttes de classe qui se sont déroulées en Grèce après 2010, voir nos textes (en anglais) « Ployé  sous la dette », « Notes préliminaires vers une analyse du mouvement des assemblées populaires » , « Importantes défaites : la dévaluation intérieure, l’échec des luttes de la classe ouvrière en Grèce et la “sucess story” gréco-chinoise » ainsi que l’entretien de notre groupe avec Juraj Katalenac : «  Un entretien » que l’on peut trouver sur le site : http://www.tptg.gr/?page id=105 (en anglais).

(5) Dans une lettre publiée par le Financial Times le 22 janvier 2015 sous le titre « L’Europe bénéficiera d’un nouveau départ donné à la Grèce », Stiglitz, Pissarides et d’autres « grands » économistes bourgeois soutenaient :
a) le remplacement des coupes dans les dépenses publiques par des programmes d’investissements publics qui développeraient la demande et stimuleraient la croissance financés par « une collecte des impôts plus efficace » ;

b) une extension conditionnelle de la « période de grâce » de façon à exempter la Grèce du service de la dette, par exemple dans les cinq prochaines années à condition que la Grèce atteigne une croissance minimum de 3% ;

c) « une réduction de la dette, spécialement de la dette officielle bilatérale pour accroître l’espace fiscal disponible » et

d) « un financement significatif de projets d’investissements efficaces notamment pour les exportations ». La même lettre rappelait l’annulation substantielle de la dette allemande dans les années 1950 et reprenait plusieurs propositions formulées à l’origine par Syriza.

(6) Sous-traitante du fabricant grec de matériaux de construction (carrelages, tuiles…) Philkeram Johnson, Viome a été reprise en 2013 par ses travailleurs après sa faillite et son abandon par les propriétaires (les salaires n’étaient plus versés depuis mai 2011). Pour plus d’informations, voir http://www.viome.org/

(7) Pour en savoir plus sur la question fascisme/antifascisme en Grèce voir notre texte (à paraître) « Antifascisme contre fascisme : la première fois c’est une tragédie, la seconde fois, c’est une farce » (http://www.tptg.gr/)

(8) La taxe Tobin, suggérée en 1972 par le lauréat du « prix Nobel d’économie » James Tobin, consiste en une taxation des transactions monétaires internationales afin de limiter la volatilité du taux de change. Par extension, le terme désigne aujourd’hui une taxe sur les transactions financières.

(9) Le New Deal (« Nouvelle donne » en français) est le nom donné par le président américain Franklin Delano Roosevelt à sa politique interventionniste mise en place pour lutter contre les effets de la Grande Dépression aux Etats-Unis. Ce programme s’est déroulé entre 1933 et 1938, avec pour objectif de soutenir les couches les plus pauvres de la population, réussir une réforme innovante des marchés financiers et redynamiser une économie américaine meurtrie depuis le krach de 1929 par le chômage et les faillites en chaîne.